Super Tuesday : « J’ai peur que Bernie soit trop à gauche pour battre Trump »… Les Californiens indécis dans la primaire démocrate

REPORTAGE Quatorze Etats votent ce mardi, et la Californie est le gros lot d’une journée qui devrait tourner à une bataille acharnée entre Bernie Sanders et Joe Biden

Philippe Berry

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Ramona a voté dans la primaire démocrate à Yorba Linda, en Californie, le 3 mars 2020.
Ramona a voté dans la primaire démocrate à Yorba Linda, en Californie, le 3 mars 2020. — P.BERRY/20MINUTES
  • Lors de ce Super Tuesday, 14 Etats votent dans la primaire démocrate, et un tiers des délégués seront attribués d'un coup.
  • Bernie Sanders est le favori mais avec les retraits de Pete Buttigieg et Amy Klobuchar, Joe Biden revient fort.
  • Tous les résultats seront à suivre sur 20 Minutes cette nuit à partir de minuit.

De notre correspondant en Californie,

Qui pour affronter Donald Trump ? En entrant dans le bureau de vote, Stacy est encore indécise. On est à Yorba Linda, un fief conservateur d’Orange County, à une heure au sud de Los Angeles, d’où est originaire Richard Nixon. « J’étais vraiment séduite par Pete (Buttigieg). Il est jeune, intelligent, modéré. Mais là, entre Biden et Bernie (Sanders), je ne sais pas. Je penche vers Biden mais je veux relire une dernière fois les programmes, surtout sur la santé », explique cette Californienne. Elle n’est pas la seule : avec le retrait surprise de Buttigieg et Klobuchar, qui ont appelé à voter pour Joe Biden, lundi, de nombreux électeurs de la primaire démocrate hésitent jusque dans l’isoloir. Ce Super Tuesday, mardi, avec 14 Etats qui votent en même temps, devrait permettre d’y voir plus clair.

Ramona, qui a émigré des Philippines il y a trente ans, résume leur dilemme : « Ma fille a voté pour Sanders, moi pour Biden. J’ai peur que Bernie soit trop à gauche avec son ''socialisme'' pour battre Trump au Midwest ou en Floride. » Biden n’était pas son premier choix. « J’étais à fond derrière Pete. C’est un type incroyablement brillant, on le reverra. Il a jeté l’éponge pour tenter d’unifier les modérés », explique-t-elle. Relancé par sa victoire en Caroline du Sud, Joe Biden ne l’a pas complètement rassurée : « Je ne sais pas si c’est l’âge ou le stress, mais dans les débats, il part dans tous les sens. Il est parfois confus ou ne finit pas ses phrases. Il va devoir se ressaisir si c’est lui face à Trump. » Car pour, elle, c’est au final la seule chose qui compte : « On a un autre grand malade aux Philippines (Duterte). Il faut dégager Trump. Depuis son élection, les racistes et les islamophobes sortent du bois », soupire cette ancienne républicaine, devenue démocrate en 2000 lors de Gore contre Bush.

Sanders favori en Californie

Dans ce district qui a voté pour Donald Trump à 56 %, tout le monde ne partage pas son avis. Il n’y a aucun suspense mais Ravi et sa femme sont venus voter pour la primaire républicaine afin de « soutenir le président Trump ». « On est des immigrés. On est arrivés d’Inde légalement, et tout le monde devrait faire pareil », insistent-ils.

La primaire démocrate est désormais une course à quatre, avec un duel Sanders-Biden arbitré par Elizabeth Warren et Mike Bloomberg, qui fait son entrée dans l’arène. Lors de ce Super Tuesday, un tiers du total des délégués va être attribué. La Californie est de loin le gros lot de la soirée, avec 415 délégués. A 35 % d’intentions de vote, Bernie Sanders était le grand favori, et il a rassemblé plus de 15.000 supporteurs à Los Angeles, dimanche soir. Mais Joe Biden revient fort à 23 % – et les derniers sondages ne prennent pas en compte le retrait de Buttigieg et Klobuchar.

L’inconnue Bloomberg

En Californie comme ailleurs, le chiffre magique est 15 % : c’est à partir de ce seuil qu’un candidat obtient des délégués à la proportionnelle. Et avec deux candidats de moins, le report des voix devrait permettre à Elizabeth Warren ou Mike Bloomberg d’atteindre les 15 %, ce qui empêcherait Bernie Sanders de s’envoler dans la course aux délégués. Lundi, ce dernier a réagi à ce front uni des modérés qui s’est constitué autour de Joe Biden : « Ce n’est pas un secret. Il y a un gros effort pour tenter d’arrêter Bernie Sanders. L’establishment corporate et politique est en train de s’unir, et ils sont prêts à tout. Ça les rend nerveux que la classe ouvrière se mobilise ».

Dans une course très indécise, il y a désormais six chances sur dix d’avoir une convention contestée, à Milwaukee, mi-juillet, sans aucun candidat ayant atteint la majorité absolue des délégués (1.991). C’est sur ce scénario que mise Mike Bloomberg, qui se lance après avoir raté les quatre premiers scrutins : « Je ne peux pas gagner autrement », a-t-il reconnu devant des journalistes mardi matin. Reste à savoir si son effort financier sans précédent, avec 500 millions de dollars investis dans des publicités télévisées, paiera. En sortant, Stacy préfère garder son vote secret. A-t-elle été tentée par Bloomberg ? « Hell no. Je n’en peux plus de ces pubs, impossible d’y échapper en regardant la télévision ou Hulu (un service de streaming) », s’agace-t-elle. « On n’a pas besoin d’un autre milliardaire sexiste à la Maison-Blanche. »