Coronavirus à Bordeaux : « Il faut jouer la transparence », demandent des médecins à Edouard Philippe

REPORTAGE Le Premier ministre Edouard Philippe était en visite au CHU Pellegrin ce lundi

Clément Carpentier
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Edouard Philippe et Olivier Véran en compagnie des équipes du CHU de Bordeaux.
Edouard Philippe et Olivier Véran en compagnie des équipes du CHU de Bordeaux. — MEHDI FEDOUACH / POOL / AFP
  • Edouard Philippe et son ministre des Solidarités et de la Santé ont rencontré les équipes du CHU Pellegrin qui gèrent au quotidien l’épidémie de coronavirus à Bordeaux.
  • Des médecins ont donné des conseils au Premier ministre pour communiquer sur l’épidémie alors qu’une semaine importante se profile.
  • L’établissement bordelais fait office de référence et se prépare à la phase 3, en alerte épidémique.

Pas de poignée de main mais une petite tape amicale sur l’épaule et un signe de la tête au personnel. Edouard Philippe, le Premier ministre, a voulu montrer l’exemple ce lundi matin à l’occasion de sa rencontre avec le personnel du CHU Pellegrin de Bordeaux. « Il faut que chaque Française, que chaque Français devienne un acteur de ce combat, de cette lutte. Il faut se laver les mains toutes les heures au savon pendant 20 à 30 secondes de façon très méticuleuse », a-t-il d’ailleurs répété après une visite au pas de charge.

Avec Olivier Véran, Edouard Philippe était avant tout venu apporter son soutien à des professionnels de santé sur le pied de guerre face au coronavirus dans un « établissement référence », dixit le ministre des Solidarités et de la Santé. Un établissement qui a accueilli le premier patient atteint de Covid-19 avant que celui-ci ne ressorte soigné après vingt-deux jours d’hospitalisation. Lors de cette visite, le Premier ministre a rencontré les équipes de l’unité des « maladies tropicales et du voyage », du Samu et de l’unité de décontamination hospitalière.

« L’objectif est de ralentir la propagation du virus »

Au cours des discussions, il a posé de nombreuses questions ainsi qu’Olivier Véran aux médecins. Comment ils évaluent la situation ou quel type de discours faut-il avoir vis-à-vis de la population ? Ce à quoi le professeur Denis Malvy,​ éminent spécialiste en infectiologie, leur a répondu sans détour : « Il faut jouer le jeu de la transparence ! » Même s’il a rappelé que les médias avaient tendance à exagérer la situation avec des propos parfois « tonitruants », le médecin bordelais se prépare à passer rapidement en phase 3 – en alerte épidémique – et affirme qu’il faut éviter à tout prix les théories du complot dans ce genre de situation.

Pour l’instant, « l’objectif est de ralentir la propagation du virus » a de son côté expliqué Edouard Philippe alors qu’Olivier Véran, lui, a insisté auprès des équipes de bien surveiller la disponibilité en termes de lits dans les services de réanimation dans les prochains jours pour soigner les patients les plus graves. Le but étant de se préparer au mieux à l’épidémie de coronavirus (130 cas ce lundi matin en France) : « C’est une semaine très importante qui arrive », a souligné un médecin lors des discussions.

Tout le monde se prépare à la phase 3

Le gouvernement pourrait s’appuyer sur ce qu’il se fait à Bordeaux. C’était aussi le sens de cette visite. Meilleur hôpital de France selon le classement du Point, le CHU a mis en place un dispositif exceptionnel face notamment à l’augmentation des appels au 15 (+20 %). La direction a libéré un local de plus de 600 m2 pour accueillir toutes les personnes « suspectes ». Le personnel soignant reçoit une trentaine de personnes par jour. Un seul cas s’est révélé positif pour l’instant. C’était la semaine dernière : « Ça prouve bien que le virus circule maintenant », commente tout de même le responsable de l’unité de décontamination hospitalière.

Edouard Philippe en a profité pour affirmer que l’Etat avait débloqué des fonds notamment pour la recherche. Son ministre de la Santé a ajouté que la collaboration entre le monde hospitalier et les médecins libéraux allait être capitale dans cette crise alors que certains l’ont interpellé sur la mise en place de structures tampons pour gérer les flux. Le dispositif pourrait aussi monter crescendo dans les laboratoires. Aujourd’hui, 60 tests sont traités par jour au CHU de Bordeaux de 8 h à 18 h mais un service de nuit pourrait rapidement être instauré ce qui permettrait de doubler voire tripler le nombre de tests par jour.