Primaire démocrate : Les supporteurs de Bernie Sanders ont peur que le parti « lui vole encore la nomination »

REPORTAGE Le favori de la primaire a galvanisé ses troupes à Los Angeles, dimanche, mais la remontée de Joe Biden et l’abandon de Pete Buttigieg renforcent la probabilité d’une bataille à la convention démocrate

Philippe Berry

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Plus de 15.000 personnes ont participé à un meeting de Bernie Sanders à Los Angeles, le 1er mars 2020.
Plus de 15.000 personnes ont participé à un meeting de Bernie Sanders à Los Angeles, le 1er mars 2020. — P.BERRY/20MINUTES
  • Deux jours avant le « Super Tuesday », Bernie Sanders a rassemblé entre 15.000 et 20.000 supporters à Los Angeles dimanche soir.
  • Alors que Joe Biden a repris du poil de la bête en Caroline du Sud, le spectre d’une convention contestée, sans aucun candidat avec la majorité absolue, revient en force.
  • Les soutiens de Bernie Sanders craignent que leur champion, taxé d’être trop à gauche, ne soit sacrifié dans la course à la Maison Blanche, pour faire barrage à Donald Trump.

De notre correspondant en Californie,

Une démonstration de force. Deux jours avant le « Super Tuesday », Bernie Sanders a rassemblé entre 15.000 et 20.000 supporters à Los Angeles, dimanche soir. S’il devrait aisément remporter le scrutin en Californie et prendre de l’avance dans la course aux délégués, avec 14 Etats qui votent en même temps ce mardi, le favori de la primaire démocrate est loin d’avoir la nomination en poche. En s’imposant nettement en Caroline du Sud, Joe Biden s’est relancé et pourrait profiter de l’abandon du modéré Pete Buttigieg.

« Quoi, Pete arrête sa campagne ? » Dans l’enceinte du convention center, où se tient habituellement le salon du jeu vidéo de l'E3, la nouvelle du renoncement surprise de Buttigieg se propage comme une traînée de poudre. « Juste avant le Super Tuesday, c’est Biden qui va être content, quel bullshit ! », se désole Brian. Portant fièrement son badge « Bernie Bro’s », ce quadra barbu craint que le parti démocrate, qui avait favorisé Hillary Clinton en 2016, « vole encore la nomination à Bernie ».

« Arrêter Bernie Sanders » à tout prix

Avec la résurrection de Joe Biden en Caroline du Sud, le spectre d’une convention contestée, sans aucun candidat avec la majorité absolue (1.991 délégués), revient en force. Dans ce scénario, les 771 « super délégués », des cadres du parti et des élus démocrates libres de voter pour le candidat de leur choix, pourraient jouer les arbitres.

Et selon le New York Times, une majorité d’entre eux, craignant que le candidat, qui se revendique « démocrate socialiste », ne les conduise à la défaite – à la Maison Blanche et au Congrès –, sont prêts à tout pour « arrêter Bernie Sanders ». Comme soutenir un Joe Biden arrivé second, ou carrément lancer dans l’arène un chevalier blanc n’ayant pas disputé les primaires.

« En 2016, Bernie était derrière Clinton. Mais là, s’il est nettement devant et qu’ils choisissent un autre candidat, ils vont détruire le parti », estiment Chela et David, pancartes en main. « Si ce n’est pas Bernie, il n’y aura pas l’enthousiasme et la participation massive dont on a besoin pour battre Trump. » David l’assure, si Biden ou Bloomberg remporte la nomination, il votera « pour un candidat alternatif, peut-être des Verts ».

Si Bernie Sanders n'est pas le nominé, Chela et David pensent choisir un candidat alternatif.
Si Bernie Sanders n'est pas le nominé, Chela et David pensent choisir un candidat alternatif. - P.BERRY/20Minutes

« Les Etats-Unis ne vont pas devenir la Russie »

Lors du dernier débat, ses adversaires démocrates ont attaqué Sanders sur ses commentaires parfois complaisants avec le régime de Fidel Castro et avec la révolution sandiniste au Nicaragua dans les années 1980. Sur scène, la comique Sarah Silverman répond à « ceux qui attisent la peur » : « Déjà, Bernie est un démocrate socialiste et pas un communiste. Il propose la santé et l’éducation pour tout le monde, quel salaud, ironise-t-elle. Et pour les financer, il veut juste que les plus riches et les grandes multinationales paient le même taux qu’une serveuse. On se calme, les Etats-Unis ne vont pas devenir la Russie… Sauf si on a quatre ans de plus de ce dictateur en herbe ! »

Selon l’institut Gallup, 53 % des Américains assurent qu’ils ne voteront jamais pour un candidat « socialiste » (contre 45 % qui le feraient). Le clivage est avant tout générationnel : deux tiers des « boomers » ont une mauvaise image du socialisme et une bonne du capitalisme, mais chez les millenials et la génération Z, les deux doctrines sont à égalité, autour de 50 % d’opinions positives. Ce qui explique que Bernie Sanders soit aussi populaire chez les jeunes – dans le Nevada, il a remporté 65 % des voix chez les 18-29 ans. Kevin, Ady, Charlie et Alex, en classe de terminale, sont particulièrement réceptifs à son message : « Il s’est battu toute sa vie pour la working class. Ce n’est pas de la propagande soviétique, il défend juste une société plus juste. »

Au micro, le sénateur du Vermont recycle ses meilleurs hits (« On va déloger le président le plus dangereux de l’Histoire américaine », « une couverture santé universelle est un droit humain », « nous sommes un mouvement transgénérationnel et multiracial »). Et puis Chuck D., de Public Enemy, rallie tout le monde en scandant « Fight the power » («Luttez contre le pouvoir ») le poing levé. La révolution est – peut-être – en marche.