Grèce : Etat d’alerte « maximum » face à l’afflux de milliers de migrants

IMMIGRATION 13.000 migrants espèrent passer de Turquie en Grèce, après la décision de la Turquie de ne plus les empêcher de se rendre en Europe

20 Minutes avec AFP

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En Turquie, des migrants s'apprêtent à prendre la mer pour tenter de gagner la Grèce
En Turquie, des migrants s'apprêtent à prendre la mer pour tenter de gagner la Grèce — OZAN KOSE / AFP

La Grèce s’est placée dimanche en état d’alerte « maximum » pour protéger ses frontières face à l’afflux de milliers de migrants aux portes du pays, qui provoque inquiétude et colère sur les îles et dans les localités frontalières.

« Notre conseil de sécurité national a décidé de porter le niveau de protection aux frontières à son maximum », a déclaré le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis au sortir d’une réunion de crise. La Grèce fait face à une « menace asymétrique contre la sécurité de notre pays », a ajouté le porte-parole du gouvernement Stelios Petsas.

Au nord-est de la Grèce, quelque 13.000 migrants selon l’ONU étaient massés à la frontière terrestre gréco-turque, espérant passer de Turquie en Grèce, après la décision de la Turquie dans la nuit de jeudi à vendredi de ne plus empêcher les migrants qui essayent de se rendre en Europe de franchir la frontière.

Au moins 500 migrants ont accosté dimanche

Les autorités grecques ont décidé de renforcer encore leurs patrouilles aux frontières maritimes et terrestres du nord-est du pays. Toute nouvelle demande d’asile sera également suspendue pour ceux entrant illégalement dans le pays, a précisé Stelios Petsas.

En mer Egée, au moins 500 migrants ont accosté dimanche à bord d’une dizaine d’embarcations en différents points de l’île de Lesbos, selon le décompte de l’AFP. Après l’arrivée de dizaines d’entre eux sur la plage de Skala Sykamineas, 150 habitants de l’île se sont rassemblés autour d’un centre d’accueil de migrants situé non loin de là, avant d’y mettre le feu.

Même si ce centre, autrefois géré par le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR), avait été fermé fin janvier, ils redoutaient qu’il n’ouvre à nouveau ses portes. Il a été partiellement incendié, et environ 70 demandeurs d’asile se trouvaient toujours sur la plage, sans couvertures, en début de soirée.

Habitants munis de chaînes et de pierres

Plus tôt, aux cris de « rentrez en Turquie », des habitants de l’île ont empêché une cinquantaine de migrants, dont plusieurs enfants, d’accoster avec leur canot après plusieurs heures en mer. Dans le port de Thermi, certains ont lancé des insultes au représentant local du HCR, d’autres s’en sont pris aux journalistes et photographes, les frappant et jetant des appareils photo à la mer.

« Nous n’avons rien contre les réfugiés mais (…) ceux qui se préparent à venir ici doivent comprendre que c’est la manière dont nous allons les recevoir désormais. C’est le seul moyen de les empêcher de venir », a expliqué Despoina, une habitante de Thermi. De son côté, Niki Tsirigoti, habitant de Mytilène, principale ville de Lesbos, s’insurgeait : « C’est inacceptable de renvoyer les réfugiés et les migrants. Ce sont des êtres humains, les autorités doivent prendre la situation en main ».

Sur la route du camp surpeuplé de Moria, où plus de 19.000 migrants sont déjà hébergés, un autre groupe d’habitants munis de chaînes et de pierres a tenté d’empêcher les bus de la police transportant des demandeurs d’asile, arrivés dimanche, d’accéder au centre de réception et d’enregistrement, selon l’Agence de presse grecque ANA. « La colère des gens de Moria est juste », a estimé le maire du sud de Lesbos Taxiarchis Verros. « Moria ne peut pas supporter d’autres arrivées ».