Etats-Unis et talibans signent un accord historique pour l’avenir de l’Afghanistan

CONFLIT Le texte, négocié pendant un an et demi, prévoit le retrait des troupes américaines et ouvre la voie à des négociations de paix interafghanes

20 Minutes avec AFP

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Zalmay Khalilzad et Mullah Abdul Ghani Baradar se serrent la main après la signature de l'accord, à Doha, au Qatar, le 29 février 2020.
Zalmay Khalilzad et Mullah Abdul Ghani Baradar se serrent la main après la signature de l'accord, à Doha, au Qatar, le 29 février 2020. — Hussein Sayed/AP/SIPA

Après 18 ans de guerre, les Etats-Unis et les talibans afghans ont signé samedi un accord historique à Doha, qui ouvre la voie à un retrait total des troupes américaines et à des négociations de paix interafghanes inédites. L'accord négocié pendant un an et demi au Qatar a été signé par les principaux négociateurs des deux parties ennemies, Zalmay Khalilzad côté américain et le chef politique des talibans Abdul Ghani Baradar, en présence du chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

Ce texte n’est pas un accord de paix à proprement parler, car les autorités afghanes, elles-mêmes aux prises avec les divisions nées d’une élection présidentielle contestée, ont jusqu’ici été tenues à l’écart de ces pourparlers directs sans précédent. Mais les Américains s’engagent à entamer immédiatement un retrait graduel de leurs troupes, pour les ramener d’environ 13.000 actuellement à 8.600 d’ici 135 jours. Leur départ est toutefois lié au respect par les talibans de leurs engagements sécuritaires et aux progrès dans les négociations interafghanes à venir.

Une promesse phare de Donald Trump

Dans l’immédiat, Donald Trump brandira le pacte pour clamer, en campagne pour sa réélection dans huit mois, qu’il a tenu une de ses promesses phares : mettre fin à la plus longue guerre des Etats-Unis. Malgré les critiques de certains observateurs qui estiment qu’elle concède trop pour trop peu, l’administration Trump assure que les garanties fournies par les insurgés répondent à la raison première de l’intervention américaine, lancée en représailles aux attentats du 11-Septembre 2001 ourdis par Al-Qaïda depuis l’Afghanistan alors dirigé par les talibans.

Aux termes de l’accord, « les talibans n’autoriseront aucun de leurs membres, ou d’autres individus ou groupes, dont Al-Qaïda, à utiliser le sol afghan pour menacer la sécurité des Etats-Unis et de leurs alliés ». « C’est un premier pas décisif et historique quant à leur reconnaissance publique qu’ils rompent les liens avec Al-Qaïda », a assuré un responsable américain.

Négociations interafghanes

Les belligérants sont maintenant censés s’entendre rapidement sur un cessez-le-feu total lors des négociations interafghanes, qui doivent commencer d’ici au 10 mars, probablement à Oslo.
Quelque 30 pays étaient représentés à Doha, mais pas le gouvernement afghan qui a toutefois dépêché en amont une petite délégation pour une « première prise de contact » avec les talibans.

Les talibans ont été chassés du pouvoir en Afghanistan par une coalition internationale menée par les Etats-Unis après les attentats de 2001. Ils ont ensuite mené une guérilla incessante. Entre 32.000 et 60.000 civils afghans ont été tués dans ce conflit, selon l’ONU, et plus de 1.900 militaires américains. Pour Robert Malley, président de l’organisation de prévention des conflits International Crisis Group, « aucun accord n’est parfait », mais celui de samedi « représente le meilleur espoir d’avancer vers la fin d’une guerre qui a duré deux décennies ».