Iran: Les conservateurs crient victoire aux législatives, sur fond de faible participation

ELECTIONS L’abstention a atteint près de 57 %, soit le niveau le plus haut enregistré pour des législatives depuis la révolution islamique de 1979

20 Minutes avec AFP

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Un bureau de vote à Téhéran le 21 février 2020.
Un bureau de vote à Téhéran le 21 février 2020. — MORTEZA NIKOUBAZL/SIPA

La faible participation aura donc fait le jeu des durs du régime. Les conservateurs ont revendiqué dimanche la victoire aux législatives de vendredi en Iran, marquées par une forte abstention. Le ressentiment populaire contre le président modéré Hassan Rohani alors que le pays traverse une grave crise économique, a incité les électeurs à ne pas se déplacer.

Un second tour le 17 avril

Le ministère de l’Intérieur a publié dans l’après-midi les résultats pour plus de 95 % des circonscriptions, donnant les noms des députés élus dès le premier tour, sans préciser leur affiliation politique. Ces résultats traduisent une victoire sans appel des « principalistes », appellation qui regroupe toutes les tendances du camp conservateur, jusqu’aux plus ultras, selon plusieurs médias de cette mouvance. Selon le site Internet du quotidien gouvernemental Iran, 17 femmes sont d’ores et déjà élues, soit autant que dans le Parlement sortant, et une autre s’est qualifiée pour le second tour. Le Parlement, monocaméral, compte 290 sièges. Selon l’agence Fars, le second tour, prévu le 17 avril, devrait avoir lieu dans au moins 11 circonscriptions.

A l’échelle nationale, la participation a atteint 42,57 %, a annoncé le ministre de l’Intérieur, Abdolréza Rahmani Fazli, soit le niveau le plus bas enregistré pour des législatives depuis la révolution islamique de 1979. De nombreux observateurs avaient prédit une forte abstention après la disqualification massive, par l’organe de contrôle des élections, de candidats réformateurs et modérés, réduisant pratiquement le scrutin à une compétition entre conservateurs et ultraconservateurs.

« Nouvelle gifle à Trump »

Le président Rohani est sous le feu des critiques du camp conservateur pour sa politique d’ouverture symbolisée par l’accord international sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015. La décision du président américain Donald Trump de dénoncer ce pacte et de réimposer des sanctions à Téhéran a été suivi, en Iran, d’une violente récession dont le pays peine à sortir. « Victoire des candidats antiaméricains, nouvelle gifle à Trump », a logiquement titré dès dimanche matin le quotidien ultraconservateur Keyhan, pour qui « le peuple a disqualifié les réformateurs ».

En outre, le scrutin de vendredi s’est tenu deux jours après l’annonce de l’apparition du nouveau coronavirus en Iran, où selon les derniers chiffres officiels, l’épidémie a fait huit morts sur un total de 43 personnes infectées. « Nous avons tenu ces élections alors qu’on a eu divers incidents dans le pays », a commenté le ministre Rahmani Fazli, et dans ces conditions, « le taux de participation nous semble parfaitement acceptable ». Selon son site Internet officiel, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a pour sa part loué « la participation massive de la population aux élections », accusant la presse étrangère d’avoir tout fait pour « décourager les gens d’aller voter ».