Togo: Une élection présidentielle sans grand entrain ni suspense

JOUER D'AVANCE Ultra-favori, le président sortant Faure Gnassingbé vise un quatrième mandat

20 Minutes avec AFP

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Des lycéennes devant des affiches électorales du président sortant, Faure Gnassingbe, le 21 février 2020 à Lomé.
Des lycéennes devant des affiches électorales du président sortant, Faure Gnassingbe, le 21 février 2020 à Lomé. — Sunday Alamba/AP/SIPA

Le suspense ne devrait pas être au rendez-vous au Togo. La population élit samedi son président, lors d’un scrutin qui devrait assurer au sortant Faure Gnassingbé un quatrième mandat face à une opposition divisée. Surtout, une partie des votants annonce déjà vouloir boycotter le vote qu’ils ne jugent ni libre ni transparent.

Près de 10.000 policiers et gendarmes déployés

Quelque 3,6 millions d’électeurs togolais sont appelés aux urnes dans plus de 9.000 bureaux de vote de 7h à 16h. Près de 10.000 policiers et gendarmes seront déployés dans tout le pays pour sécuriser le processus. Les résultats sont attendus en début de semaine, selon des sources au sein de la Commission électorale nationale indépendante.

Faure Gnassingbé, dont la famille est à la tête de ce pays d’Afrique de l’Ouest depuis 53 ans, ne devrait pas rencontrer d’obstacle majeur à sa réélection, après avoir déjà remporté trois scrutins contestés, en 2005, 2010 et 2015. Il affronte six autres candidats, dont le leader historique de l’opposition Jean-Pierre Fabre, de l’Alliance nationale pour le changement (ANC) et l’ancien Premier ministre Agbéyomé Kodjo, qui pourrait faire figure d’outsider malgré son profil d’homme du sérail.

Près de 50 % de la population sous le seuil de grande pauvreté

Le président peut se targuer d’un bilan économique plutôt positif, avec une croissance stable de 5 % mais ses détracteurs dénoncent une gouvernance autoritaire et la corruption de son entourage quand la moitié de la population vit sous le seuil de la grande pauvreté, avec moins de 1,90 dollar par jour. Le Togo a d’ailleurs connu une grave crise politique en 2017 et 2018 avec des manifestations monstres pour demander la démission du président, mais le Parlement a finalement approuvé une modification de la Constitution lui permettant de se représenter en 2020 et en 2025. La coalition de l’opposition, à l’origine des manifestations, n’a pas survécu à cet échec et c’est donc en un front divisé que se présentent ses leaders pour le vote.

Dans les rues de Lomé, à Sokodé (centre) ou encore à Dapaong (nord), beaucoup se sont dits « déçus » par l’opposition et ont prévenu qu’ils n’iraient pas voter. Plusieurs partis de l’opposition ont d’ailleurs décidé de boycotter le scrutin, et l’absence d’engouement populaire a dominé toute la campagne. Les affiches géantes « Faure, croire en notre futur », placardées partout, rappellent combien le rapport de forces est inégal avec ses principaux rivaux, bien moins visibles, comme « Fabre, la force du courage et de la détermination » et « Kodjo, la chance de l’alternance ».

La France préfère la stabilité

Cette semaine, 500 observateurs de la société civile ont perdu leur accréditation, accusés d’ingérence dans le processus électoral, s’ajoutant aux 9.000 observateurs du conseil épiscopal Justice et Paix qui n’ont pas non plus été autorisés à surveiller le vote. « Cela nous laisse vraiment perplexes et dubitatifs sur l’issue de ce scrutin », a regretté David Dosseh, du Front citoyen Togo debout (FCTD), qui a accusé le pouvoir d’organiser une élection à « huis clos ».

Quelque 315 observateurs internationaux issus majoritairement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cédéao) et de l’Union africaine (UA) seront toutefois présents, même si le président sortant est soutenu par nombre de ses pairs africains. La France, ex-puissance coloniale, allié traditionnel de la dynastie Gnassingbé et présente au Sahel voisin dans la lutte contre les mouvements djihadistes, est particulièrement sensible à la stabilité du Togo dans cette région volatile.