Double fusillade en Allemagne : Qui est Tobias Rathjen, le principal suspect ?

PORTRAIT Mercredi, un homme a ouvert le feu dans deux bars à chicha de Hanau, en Allemagne, faisant neuf morts

Manon Aublanc

— 

Une double fusillade a fait 9 morts, mercredi, à Hanau en Allemagne, le 21 février 2020.
Une double fusillade a fait 9 morts, mercredi, à Hanau en Allemagne, le 21 février 2020. — Odd ANDERSEN / AFP

Paranoïaque, racisme, complotiste, socialement isolé mais éduqué… Tobias Rathjen, 43 ans est l’unique suspect de la double fusillade de Hanau ( Allemagne), qui a fait neuf morts, ce mercredi.

Une vidéo et un manifeste de 24 pages ont été retrouvés par les enquêteurs. L’homme a été retrouvé mort auprès de sa mère tuée par balle.

Qui est Tobias Rathjen ?

Tobias Rathjen se présente sur son site Internet comme un Allemand né en 1977 à Hanau, une ville de près de 100.000 habitants du centre de l’Allemagne. Il y a grandi et effectué sa scolarité. Après son baccalauréat, il a suivi une formation de conseiller bancaire à Francfort, puis a fait des études de gestion à Bayreuth (Bavière) entre 2000 et 2007. Il a ensuite travaillé chez un prestataire de services financiers, puis comme conseiller clientèle pour un comparatif en ligne à Munich où il louait un appartement, selon le Spiegel.

Eternel célibataire, il vivait à Hanau avec ses parents, tous deux âgés de 72 ans, tout près du deuxième bar visé, dans un quartier populaire. Membre de deux clubs de tir sportif et d’un club de football à Munich, il restait socialement isolé, relate le Spiegel. Ses anciens collègues de travail décrivent un « bourreau de travail », avec parfois des journées de 12 heures, « très ambitieux » qui « prenait même les matchs de ping-pong au sérieux » mais avec un relationnel « proche de zéro ».

« Surveillé depuis toujours »

Dans son manifeste, où apparaissent des dessins méticuleux et inexpressifs censés le représenter dans différentes situations de sa vie, il assure avoir été espionné depuis l’enfance par une « organisation secrète » qui pouvait « lire dans ses pensées ». Parmi les « pensées » qu’il prétend avoir vu se réaliser, il évoque pêle-mêle : les guerres en Irak et en Afghanistan déclenchées par les Etats-Unis ; son souhait, « réalisé » en 2004, de voir Jürgen Klinsmann devenir sélectionneur de l’équipe allemande de football et plusieurs films hollywoodiens dont il avait imaginé le scénario (Allô maman, ici bébé, The Cell, Starship Troopers).

« Rien de tout cela ne peut être une coïncidence », estime-t-il, précisant qu’il a porté plainte à trois reprises, en vain. Pour tenter d’affronter cette « menace », il avait contacté un préparateur mental. « Je pense qu’il a vu en moi quelqu’un qui avait des réponses à ses questions », explique à Bild Bernd Gloggnitzer, qui lui avait répondu ne pas pouvoir l’aider.

Des motivations racistes et complotistes

Interrogés par le Spiegel, ses anciens collègues connaissaient ses penchants racistes : « pour lui, l’extrême droite AfD n’était pas assez radicale ». Dans son manifeste, il appelle à « anéantir » la population d’au moins 24 pays, allant du Maghreb au Moyen-Orient en passant par Israël, avançant des thèses suprémacistes. Convaincu de la suprématie du peuple allemand et admirateur du président américain Donald Trump, il enjoint les Etats-Unis à prendre la tête du combat pour « sauvegarder l’Occident », notamment pour contrer l’influence grandissante de la Chine.

Dans une vidéo postée sur YouTube une semaine avant ses crimes, supprimée depuis, il avait appelé en anglais « tous les Américains » à « se réveiller », prétendant que leur « pays est sous le contrôle de sociétés secrètes invisibles » qui utilisent des « méthodes maléfiques inconnues comme le contrôle des esprits ». Il évoque également l’existence de « bases militaires souterraines » dans lesquelles certaines personnes font « l’éloge du diable », « maltraitent, torturent et tuent de petits enfants ». Son site Internet comportait également des sections sur des personnes disparues, sur les recherches prétendument secrètes du gouvernement américain concernant les extraterrestres ou sur les expériences psychologiques de la CIA dans les années 1950 et 1960.