Iran: Les conservateurs favoris des élections législatives

SCRUTIN Une forte abstention, alimentée par la crise économique, pourrait faire le jeu des durs du régime

20 Minutes avec AFP

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Des affiches électorales à Téhéran le 19 février 2020.
Des affiches électorales à Téhéran le 19 février 2020. — MORTEZA NIKOUBAZL/SIPA

Quelque 58 millions d’Iraniens sont appelés à élire un nouveau Parlement vendredi pour un scrutin où les conservateurs partent favoris. Il faut dire la crise économique nourrit un ressentiment populaire contre le président modéré Hassan Rohani. Surtout, le contexte de ce scrutin est particulier. La nouvelle législature commencera son travail dans un cadre de tensions exacerbées entre Téhéran et Washington. Cela a contribué à la défiance de la population, principalement après que les forces armées iraniennes eurent abattu « par erreur » un avion de ligne ukrainien, il y a près d’un mois et demi.

« Si voter c’est légitimer, alors ce sera sans mon vote »

Ce rejet des autorités en place pourrait se traduire par une forte abstention. A Téhéran, nombre d’habitants ont fait part de leur refus d’aller voter. Pour Amir Mohtasham, 38 ans, au chômage depuis deux ans, « ces élections sont vaines ». Mieux loti, Mohammad, marchand de tapis âgé de 30 ans, dit avoir « voté pour Rohani avec un rêve ». « Mais on n’a rien accompli [et] il y a trop de mensonges », ajoute-t-il : « Si voter c’est légitimer, alors ce sera sans mon vote ». En outre, la disqualification de milliers de candidats réformateurs et modérés réduit pratiquement le scrutin à un affrontement entre conservateurs et ultraconservateurs et pourrait donc inciter certains à ne pas voter.

En fonction du poids des ultras dans la future Assemblée, la politique extérieure d’ouverture, poursuivie par Hassan Rohani depuis son élection en 2013, pourrait changer. Les ultraconservateurs s’opposent à toute négociation avec l’Occident et sont impatients de sortir de l’accord international sur le nucléaire iranien, la grande réalisation de l’actuel président, conclu en 2015 à Vienne, mais menacé d’implosion depuis que Donald Trump l’a dénoncé unilatéralement en 2018.

Dans l’esprit de Hassan Rohani, l’accord devait ouvrir une ère de prospérité pour l’Iran en le sortant de son isolement international. Au lieu de cela, le retour des sanctions américaines dans la foulée du retrait des Etats-Unis de l’accord a plongé l’Iran dans une violente récession.

Vaste campagne à la télé pour inciter à voter

Conscientes que le pouvoir pourrait prendre une nouvelle direction, plusieurs figures ont mis en garde contre une victoire des ultraconservateurs en cas de forte abstention. L’ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême de la République islamique, a appelé à une participation massive pour déjouer les « complots vicieux » des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran. « Voter […] est un devoir religieux », a-t-il encore affirmé mardi. Depuis mercredi, la télévision diffuse une multitude d’appels à voter de responsables politiques ou d’ayatollahs. Un court dessin animé diffusé plusieurs fois par jour montre les bulletins de vote se transformer comme autant de torpilles contre une flotte d’envahisseurs, envoyée par le fond. L’abstention « augmentera la possibilité d’une agression militaire », a déclaré Hesameddine Achéna, proche conseiller du président, en appelant les Iraniens à voter même s’ils ne sont pas contents du gouvernement.

La participation aux dix dernières élections a atteint en moyenne 60,5 %, selon le ministère de l’Intérieur. Le porte-parole du Conseil des gardiens, Abbas Ali Kadkhodaï, a jugé quant à lui mercredi qu’une participation inférieure à 50 % ne poserait « pas de problème pour la démocratie ». Les bureaux de vote ont ouvert à 08h00. Ils fermeront à 18h00, mais la durée du scrutin est souvent prolongée, notamment à Téhéran.