Donald Trump nie avoir offert une grâce à Julian Assange s’il dédouanait la Russie

RUSSIAGATE Un avocat du fondateur de WikiLeaks a fait cette affirmation lors d'une audience préliminaire sur son extradition, mercredi

P.B. avec AFP

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Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, le 13 janvier 2020
Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, le 13 janvier 2020 — Kirsty Wigglesworth/AP/SIPA
  • Un avocat de Julian Assange a affirmé que Donald Trump aurait offert de le gracier s’il dédouanait la Russie dans l’affaire du piratage du parti démocrate.
  • La Maison-Blanche a catégoriquement démenti.
  • Un élu californien a bien rendu visite à Assange et évoqué la possibilité d’une grâce en 2017, mais rien ne prouve qu’il a agi à la direction de Trump.

C’est une allégation explosive que le président américain a très rapidement démentie. Un avocat de Julian Assange a affirmé mercredi que Donald Trump aurait offert, en 2017, via un intermédiaire, de gracier le fondateur de WikiLeaks si ce dernier affirmait que la Russie n’avait rien à voir avec le piratage des serveurs du parti démocrate de 2016. La Maison-Blanche a aussitôt dénoncé un « mensonge absolu ». On devrait en savoir plus la semaine prochaine : la juge britannique Vanessa Baraitser a autorisé l’équipe d’Assange à présenter cette allégation – et d’éventuelles preuves – lors de l’audience sur son extradition vers les Etats-Unis, qui doit se tenir la semaine prochaine.

En attendant, une audience préliminaire a eu lieu ce mercredi. Selon plusieurs journalistes britanniques présents, la défense d’Assange a cité un document dans lequel son avocate Jennifer Robinson affirme que l’ancien élu californien Dana Rohrabacher « est allé voir M. Assange et lui a dit, sur instruction du président, qu’il lui proposait une grâce ou une autre issue, si M. Assange… disait que la Russie n’avait rien à voir avec les fuites du parti démocrate ».

« Je ne me souviens pas si j’en ai parlé à la Maison-Blanche »

Tout remonte à l’été 2016. Adresses IP à l’appui, le renseignement américain a conclu que Moscou avait piraté les e-mails du parti démocrate (DNC) puis les avait fournis à WikiLeaks. L’organisation de Julian Assange les a ensuite publiés au compte-gouttes pour semer la discorde chez les démocrates. Assange a toujours nié les avoir obtenus via Moscou.

Arrive Dana Rohrabacher, ancien élu californien et fervent soutien de Vladimir Poutine. Il a rendu visite, mi-2017, à Julian Assange, alors réfugié à l’ambassade d’Equateur à Londres. Rohrabacher avait à l’époque expliqué au site The Daily Caller qu’il cherchait à négocier un accord avec Assange pour obtenir sa collaboration à l’enquête sur le piratage du serveur démocrate. Il avait reconnu avoir évoqué la possibilité d’une grâce présidentielle, mais l’avait juré : « Je ne me souviens pas si j’en ai parlé avec quelqu’un à la Maison-Blanche. »

En septembre 2017, le Wall Street Journal était revenu sur l’affaire. Selon le quotidien, Rohrabacher avait présenté son initiative au chief of staff de la Maison-Blanche. John Kelly aurait refusé d’organiser une entrevue avec Donald Trump, craignant que cette cuisine ne s’apparente à de la collusion. « Le président connaît à peine Dana Rohrabacher. Il ne lui a jamais parlé de ce sujet. C’est une invention et un mensonge absolu », a répondu mercredi la porte-parole de la Maison-Blanche.

Assange risque 175 ans de prison

Détenu à Belmarsh, dans le sud de Londres depuis son arrestation en avril 2019 à l’ambassade d’Equateur, Julian Assange est réclamé par Washington. Il encourt aux Etats-Unis jusqu’à 175 ans d’emprisonnement pour espionnage.

Les autorités américaines lui reprochent d’avoir mis en danger certaines de leurs sources au moment de la publication en 2010 de 250.000 câbles diplomatiques et d’environ 500.000 documents confidentiels portant sur les activités de l’armée américaine en Irak et en Afghanistan. Aucune poursuite contre lui ne porte sur les fuites des e-mails du parti démocrate.

Donald Trump, lui, a été blanchi des accusations de collusion par le rapport de Robert Mueller, mais son ancien conseiller Roger Stone risque entre sept et neuf ans de prison pour avoir menti sur ses contacts avec WikiLeaks. Il sera fixé sur sa peine ce jeudi.