Irak : Les femmes défilent sans les hommes dans la ville sainte de Najaf, une première

CONTESTATION Les manifestants ont notamment dénoncé la corruption, endémique en Irak, et les jeux d’influence des Etats-Unis et de l’Iran

20 Minutes avec AFP

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Des Irakiennes protestent contre le gouvernement dans la ville sainte de Najaf, le 19 février 2020.
Des Irakiennes protestent contre le gouvernement dans la ville sainte de Najaf, le 19 février 2020. — Haidar HAMDANI / AFP

« Non à l’Amérique », « Non à l’Iran », « qu’on les arrache tous par la racine ! »… Des centaines d’Irakiennes ont manifesté, ce mercredi, dans  la très conservatrice ville sainte chiite de Najaf, au sud de Bagdad, pour protester contre le gouvernement.

Les manifestantes ont dénoncé pêle-mêle la corruption, endémique en Irak, les jeux d’influence des Etats-Unis et de l’Iran, grands alliés de Bagdad, et le leader chiite Moqtada Sadr qui a récemment retiré son soutien aux manifestants.

« On ne s’arrête pas à cause d’un décret »

« Aucune voix ne peut couvrir celle des femmes », proclame d’emblée une pancarte, alors qu’une première manifestation uniquement de femmes a eu lieu il y a une semaine à Bagdad pour dénoncer les propos de Moqtada Sadr contre la mixité dans les défilés. « On a commencé à manifester pour faire chuter le régime, maintenant on fait des manifestations uniquement de femmes parce qu’ils nous ont insultées », explique Saba, 22 ans qui marche en direction du Conseil provincial où se trouve le campement des antipouvoir.

Nada Qassem, professeure d’université d’une cinquantaine d’années, a elle aussi des griefs contre l’ancien chef de milice qui a été le premier à soutenir la révolte inédite mais a ensuite envoyé ses hommes démonter les piquets de grève dénonçant des manifestants buvant de l’alcool, se droguant et promouvant la débauche. « Nous, on est libres, on ne sort pas sur ordre d’un religieux et on ne s’arrête pas à cause d’un décret », lance cette Irakienne qui a elle-même été blessée dans des affrontements avec les sadristes.

« Ce pays est dirigé depuis l’étranger »

Autour d’elle, détournant le slogan phare de la révolte emprunté à Moqtada Sadr - « qu’on les arrache tous par la racine » – les manifestantes scandent : « qu’on les arrache tous par la racine, même celui qui a dit ça ». Les près de 550 morts et 30.000 blessés, la campagne d’intimidations – assassinats de militants, enlèvements de manifestants et violences – menée selon l’ONU par des « milices », tout cela, assure-t-elle, ne l’arrêtera pas.

« Je veux un Etat civil et reprendre mes droits volés », affirme cette Irakienne drapée dans un grand voile noir. « Ce pays est dirigé depuis l’étranger », dénonce-t-elle encore, en référence à la mainmise iranienne sur le pouvoir à Bagdad et aux interventions américaines en Irak. Les tensions entre les deux ennemis ont même dégénéré début janvier en attaques meurtrières qui ont fait redouter que l’Irak ne plonge dans un nouveau conflit.