Coronavirus : Le Japon fait débarquer les passagers du « Diamond Princess » et s’organise face à l’épidémie

JAPON Le gouvernement nippon, critiqué pour sa gestion de la crise, a annoncé des mesures face au virus

Mathias Cena

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Coronavirus: Les premiers passagers du «Diamond Princess» débarquent — 20 Minutes
  • Le débarquement à Yokohama des passagers du « Diamond Princess » a démarré.
  • Pointé du doigt pour sa gestion de l’épidémie, le gouvernement japonais a pris plusieurs mesures pour tenter de limiter la propagation.
  • Les autorités ont notamment appelé les citoyens à éviter les trains bondés, une consigne difficile à appliquer pour nombre d’employés.

Le débarquement doit se poursuivre jusqu’à vendredi. Des centaines de passagers du paquebot Diamond Princess, en quarantaine au Japon depuis deux semaines, ont commencé à mettre pied à terre mercredi à Yokohama, près de Tokyo. Environ 500 passagers parmi ceux ne présentant pas de symptômes du coronavirus, avec priorité aux plus âgés, devaient quitter le bord dans la journée. Parmi les 3.711 passagers et membres d’équipage à bord au début de cette quarantaine, au moins 542 personnes se sont révélées contaminées par le virus, a annoncé le gouvernement japonais mardi soir, ce qui fait du pays le foyer de contamination le plus important après la Chine. Mardi, l’Archipel dénombrait un total de 616 cas positifs recensés, dont un décès, celui d’une octogénaire.

Défendant la gestion japonaise de la crise, le porte-parole du gouvernement, Yoshihide Suga, a assuré mardi soir que la décision de placer en quarantaine passagers et membres d’équipage du Diamond Princess était « appropriée ». L’efficacité de la mesure fait l’objet depuis plusieurs jours de critiques à l’étranger, notamment concernant le sort des membres d’équipage, qui continuaient à faire chambre commune et à prendre leurs repas ensemble, tout en étant en contact avec les passagers. « Je soupçonne que les personnes à bord n’étaient pas aussi isolées des autres qu’on l’aurait pensé », a déclaré à l’agence Associated Press le Dr. Paul Hunter, professeur de médecine à l’université britannique d’East Anglia.

« A l’intérieur du "Diamond Princess", j’ai eu peur »

Kentaro Iwata, un spécialiste japonais des maladies infectieuses, est allé beaucoup plus loin, déclarant dans une vidéo, après avoir visité le navire : « J’ai été en Afrique pour traiter l’épidémie d’Ebola. J’ai été dans d’autres pays pour le choléra, en Chine pour le Sras, jamais je n’ai eu peur d’être moi-même infecté. Mais à l’intérieur du Diamond Princess, j’ai eu peur car il n’y avait aucun moyen de dire où se trouvait le virus ». Regrettant l’absence à bord de professionnels de la prévention des infections et une situation « gérée entièrement par des bureaucrates », il s’est lui-même placé en quarantaine pour ne pas risquer de contaminer sa famille.

Signe d’une certaine défiance envers ces mesures de quarantaine, les passagers débarqués devront à nouveau subir un isolement de 14 jours, une fois rentrés dans leurs pays respectifs. Les Etats-Unis avaient d’ailleurs pris les devants en évacuant 328 ressortissants américains du navire de croisière par avion dès dimanche. Le Canada, l’Italie, le Royaume-Uni, la Corée du Sud, Hong Kong et l’Australie avaient prévu de faire de même.

Le gouvernement appelle à éviter les rassemblements

Au Japon, le Premier ministre Shinzo Abe, au cœur de plusieurs scandales politiques, accuse ce mois-ci une forte baisse de popularité, et fait également l’objet de critiques de l’opposition sur sa gestion du coronavirus. L’inquiétude progresse également concernant les conséquences potentielles de l’épidémie : selon un sondage de l’agence de presse Kyodo, 82,5 % des Japonais se disent « inquiets » ou « relativement inquiets » de l’impact négatif que celle-ci pourrait avoir sur l’économie nipponne.

Le gouvernement a annoncé dimanche des mesures pour éviter l’engorgement des hôpitaux, appelant notamment les personnes présentant des symptômes à rester chez elles et à contacter un centre de consultation mis en place spécialement, en cas de fièvre prolongée, de difficultés respiratoires ou de fatigue inhabituelle. Il a également appelé à éviter les rassemblements « non indispensables ». Le lendemain, l’agence impériale a fait savoir que le public ne serait pas accueilli dans les jardins du Palais pour l’anniversaire de l’empereur, le 23 février.

Les organisateurs du marathon de Tokyo, prévu le 1er mars, ont quant à eux annoncé que l’événement serait cette année fermé aux 38.000 coureurs amateurs qui devaient y participer. Le Dr. Takayuki Karino, chef d’une clinique spécialisée dans les maladies respiratoires interrogé par le journal Asahi, remarque que la mesure permettra certes de limiter les regroupements de coureurs, mais que son effet sera négligeable comparé aux risques que présente chaque jour la promiscuité dans les transports.

Les transports bondés difficiles à éviter

Car si le ministre de la Santé a également appelé à éviter les trains bondés, suivre cette recommandation s’avère difficile pour nombre d’employés. Certaines entreprises encouragent leurs salariés à prendre les transports en dehors des heures de pointe, mais la majorité sont réticentes au télétravail : selon un sondage de l’agence Reuters, 83 % des entreprises japonaises ne le permettent pas, et 73 % n’envisagent pas non plus de le mettre en place pendant les Jeux olympiques de cet été.

En dépit des appels du gouvernement aux fabricants et de l’augmentation de la production, se procurer des masques dans les magasins reste difficile. Pourtant, le fait d’en porter est généralisé dans les transports comme dans les rues. Un phénomène accentué par l’apparition, depuis quelques jours, des premiers signes de l’allergie au pollen, qui fait tousser et éternuer l’Archipel à chaque printemps. Mardi, dans le métro tokyoïte, des écrans diffusaient justement le tutoriel publicitaire d’un fabricant de cosmétiques, offrant aux femmes ce conseil de maquillage pour les jours où elles portent un masque : insister sur les yeux avec du mascara noir.