Primaire démocrate : Moyens illimités, parti divisé… Jusqu’où peut aller Michael Bloomberg ?

ETATS-UNIS L’ancien maire de New York a bondi en troisième position des sondages et va passer son grand oral, ce mercredi, en participant à son premier débat télévisé de la primaire

Philippe Berry

— 

Dans la primaire démocrate, Michael Bloomberg courtise activement le vote afro-américain.
Dans la primaire démocrate, Michael Bloomberg courtise activement le vote afro-américain. — David J. Phillip/AP/SIPA
  • Michael Bloomberg pointe à 15 % des intentions de vote dans la primaire démocrate, derrière Bernie Sanders et Joe Biden.
  • S’il a pris du retard, l’ancien maire de New York est prêt à dépenser un milliard de dollars dans la campagne.
  • Lors du prochain débat télévisé, mercredi, il devrait pour la première fois devoir répondre directement aux attaques de ses adversaires.

En trois mois, Michael Bloomberg a dépensé 400 millions de dollars pour saturer les ondes et le web de publicités de campagne. Dans le même temps, il a bondi à 15 % dans les sondages et pointe désormais en troisième position des intentions de vote de la primaire démocrate, derrière Joe Biden (18 %) et Bernie Sanders (25 %). A 78 ans, le milliardaire peut-il remporter la nomination et défier Donald Trump ? Alors que ses adversaires redoublent leurs attaques, notamment sur son bilan à la mairie de New York, Michael Bloomberg va pour la première fois croiser le fer avec eux lors du débat télévisé de mercredi.

Michael Bloomberg est la 12e personne la plus riche du monde, selon le classement en temps réel de Forbes. Avec une fortune estimée à 64 milliards de dollars, il peut dépenser sans compter et s’est dit prêt à investir un milliard.

Trente fois plus d’argent investi que Joe Biden

Avec sa candidature tardive – il s’est lancé en novembre – Bloomberg a été forcé de faire l’impasse sur les quatre premiers scrutins de la primaire, laissant Bernie Sanders et Pete Buttigieg prendre de l’avance dans la course aux délégués. Du coup, il a tout misé sur la douzaine d’Etats qui voteront le mardi 3 mars lors du Super Tuesday.

Selon Kantar Media, il vient de passer le cap des 400 millions de dollars investis dans plus de 150 spots publicitaires diffusés quotidiennement et en prime time lors du Super Bowl et des Oscars. C’est plus que tous les autres candidats réunis, dix fois plus que Bernie Sanders et trente fois plus que Joe Biden, qui peine à lever des fonds après deux échecs cuisants. Bloomberg a également acheté le soutien d’influenceurs sur les réseaux sociaux pour booster sa candidature auprès des 18-24 ans.

Les polémiques du passé reviennent sur le devant de la scène

Pendant trois mois, Bloomberg a pu faire campagne sans être attaqué ou presque, courtisant particulièrement le vote afro-américain. Mais avec sa percée dans les sondages, il est logiquement devenu une cible. Bernie Sanders l’a accusé de chercher à « acheter la présidence » et Joe Biden s’est engouffré dans la polémique « stop and frisk » : en 2015, Bloomberg s’était vanté d’avoir fait baisser la violence à New York en encourageant les contrôles et les fouilles au faciès dans les quartiers défavorisés. Il a été forcé de s’excuser la semaine dernière, reconnaissant que la pratique décriée avait mené à l’arrestation de « trop d’innocents », dont « une immense majorité » d’Afro-Américains ou de Latinos.

De même, Bloomberg a été accusé de harcèlement et de sexisme dans les années 90 par des femmes travaillant pour son entreprise, et il a réglé plusieurs plaintes à l’amiable avec son chéquier, selon une enquête du Washington Post. Le candidat va devoir s’expliquer pour la première fois et répondre aux attaques lors du débat.

Le parti démocrate divisé

Si Bernie Sanders fait désormais figure de favori, il est loin d’avoir rassemblé le parti derrière lui. Dans le New Hampshire, son score cumulé à celui d’Elizabeth Warren (l’aile gauche du parti démocrate) atteint 35 %, contre 52 % pour l’aile modérée (Buttigieg, Klobuchar et Biden). Professeur de sciences politiques à l’université de Washington, Chris Edelson estime que « de nombreux électeurs démocrates veulent avant tout battre Trump et sont inquiets d’une candidature de Bernie Sanders », qu’ils jugent « trop extrême » avec son étiquette de « socialiste démocrate ».

Selon les projections du site Five Thirty Eight, il y a désormais une chance sur trois qu’on assiste à une convention contestée à Milwaukee mi-juillet, sans candidat ayant atteint la majorité absolue des délégués. Bloomberg pourrait alors se poser en rassembleur et tenter de rallier les modérés derrière lui.