Allemagne : Le gouvernement condamne des projets d’attentats « effrayants » contre plusieurs mosquées

TERRORISME Un groupuscule d’extrême droite tout juste démantelé voulait imiter le massacre de Christchurch

20 Minutes avec AFP

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La police allemande a interpellé plusieurs individus suspectés d'appartenir à un groupuscule d'extrême droite projetant plusieurs attentats contre des mosquées du pays.
La police allemande a interpellé plusieurs individus suspectés d'appartenir à un groupuscule d'extrême droite projetant plusieurs attentats contre des mosquées du pays. — Uli Deck/AP/SIPA

Ils voulaient imiter le massacre de Christchurch perpétré il y a un an en Nouvelle-Zélande. Mais la police allemande est intervenue à temps. Après le démantèlement d’un groupuscule d’extrême droite, le gouvernement allemand a condamné lundi des projets d’attentats « effrayants » contre plusieurs mosquées du pays, projetés par les membres de ce groupe.

« Ce qui a été mis en lumière est effrayant, de voir manifestement un groupe se radicaliser de la sorte aussi rapidement », a affirmé un porte-parole du ministère de l’Intérieur, Björn Grünewälder lors d’une conférence de presse à Berlin. Il est « important que les lieux de culte soient protégés », a-t-il ajouté.

Arrêtés et placés en détention

« La mission de l’État est d’assurer la libre pratique de la religion dans ce pays sans danger, ni menace, peu importe pour quelle religion », a souligné pour sa part Steffen Seibert, le porte-parole du gouvernement et de la chancelière Angela Merkel. « Quiconque veut pratiquer sa religion ici en Allemagne en respectant le cadre légal doit pouvoir le faire sans menace et sans être mis en danger », a-t-il ajouté.

Vendredi, douze membres d’un groupuscule d’extrême droite ont été arrêtés dans toute l’Allemagne puis placés en détention sous le soupçon de préparatifs d’attentats. Ils sont suspectés d’avoir visé des lieux de culte musulmans pendant la prière, sur le modèle de l’attentat de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, qui en mars 2019 avait tué 51 personnes dans deux mosquées en se filmant en direct, ont révélé dimanche soir les médias allemands.

Un informateur infiltré

Le chef présumé du groupe allemand, connu et surveillé depuis plusieurs mois par les autorités, a détaillé ses plans lors d’une réunion organisée avec ses complices la semaine dernière. Selon le journal populaire Bild, il s’agit de Werner S., 53 ans, habitant Augsbourg en Bavière.

Il aurait menacé dans des échanges sur Internet de couper les mains de personnes ayant des opinions différentes des siennes, selon le journal. Les enquêteurs ont eu connaissance de cette réunion secrète grâce à un informateur infiltré, ont affirmé les médias allemands. Le groupe comptait s’en prendre à des mosquées dans « une dizaine de régions » en Allemagne, mais aussi des hommes politiques et des demandeurs d'asile.

Un ancien policier impliqué

Sur les douze personnes interpellées, quatre sont soupçonnées d’être les chevilles ouvrières du groupuscule alors que les huit autres leur auraient fourni un soutien financier et logistique. Parmi les suspects, tous de nationalité allemande, figure un policier de Rhénanie du Nord-Westphalie qui a été suspendu, selon la presse allemande.

Selon Bild, il s’agit de Thorsten W., 50 ans, un passionné du Moyen-Âge qui n’hésitait pas à porter dans son temps libre une cotte de maille et une épée. Il critiquait le gouvernement qu’il comparait à « la dictature de la Stasi », du nom de la police secrète d'ex-Allemagne de l'Est.

Surveillance accrue

Ces arrestations « sont la preuve que les services de sécurité restent vigilants », s’est félicité M. Grünewälder. Il a indiqué qu’en tout 50 personnes liées à la mouvance d’extrême droite et considérées comme « des dangers pour la sécurité de l’Etat » étaient actuellement particulièrement surveillées par les services de renseignement.

Les autorités s’inquiètent de l’essor du terrorisme d’extrême droite depuis notamment le meurtre d'un élu allemand pro-migrants, membre du parti de la chancelière Angela Merkel, en juin dernier. Ce démantèlement rappelle celui d’un autre groupuscule à l’été 2019 lorsque les autorités allemandes avaient arrêté une trentaine de personnes liées au mouvement « Nordkreuz » (Croix du Nord). Elles étaient soupçonnées d’avoir dressé une liste noire de personnalités de gauche et pro migrants à abattre.