Iran : Fariba Adelkhah et Roland Marchal, deux chercheurs français placés en détention, redoutent de lourdes peines avant leur procès

POLITIQUE Fariba Adelkhah et Roland Marchal, arrêtés le 5 juin 2019 à l’aéroport de Téhéran, sont poursuivis pour « collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale »

20 Minutes avec AFP

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Le président iranien Hassan Rohani (debout) et l'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la révolution, le 15 novembre 2019 à Téhéran.
Le président iranien Hassan Rohani (debout) et l'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la révolution, le 15 novembre 2019 à Téhéran. — AY-COLLECTION/SIPA

Les deux chercheurs français détenus en Iran redoutent d'être condamnés à de lourdes peines lors de leur procès qui pourrait se tenir avant la fête de Norouz, le nouvel an persan, le 20 mars, a annoncé ce lundi leur comité de soutien.

Fariba Adelkhah et Roland Marchal, arrêtés le 5 juin 2019 à l’aéroport de Téhéran, sont poursuivis pour « collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale ». La chercheuse, qui a la double nationalité franco-iranienne, a engagé une grève de la faim le 24 décembre pour dénoncer « des accusations forgées de toutes pièces ».

Fariba Adelkhah, une anthropologue franco-iranienne détenue en Iran depuis juin 2019
Fariba Adelkhah, une anthropologue franco-iranienne détenue en Iran depuis juin 2019 - THOMAS ARRIVE / SCIENCES PO / AFP

« Aucune garantie d’impartialité »

Tous deux « ont été convoqués le 5 février par "la section 15 (du tribunal révolutionnaire) qui fait peur à tous les détenus politiques" », relève le comité dans un communiqué. « Ils estiment être confrontés à une "procédure juridique longue et sans dénouement" qui "peut durer ad vitam aeternam" », ajoute-t-il. Leur procès devrait survenir « sans doute avant le 20 mars, début des longues vacances de Norouz au cours desquelles le pays s’arrête de fonctionner », précise le comité de soutien.

Devant la section 15 du Tribunal révolutionnaire de Téhéran, « de sinistre réputation », le procès « ne présentera aucune garantie d’impartialité », s’inquiète Jean-François Bayart, titulaire de la chaire « Religion et politique » au Graduate Institute de Genève et membre du comité. Le 5 février, « ils ont été auditionnés séparément, pendant dix minutes pour Fariba Adelkhah, et 30 minutes pour Roland Marchal, sans doute pour les besoins de la traduction », poursuit le communiqué. Les deux chercheurs n’étaient pas assistés par leur avocat.

Le juge qui les a auditionnés « ne semblait pas au courant du fond du dossier, ni même de la grève de la faim de Fariba Adelkhah » et « s’est contenté de leur dicter et faire signer une lettre ».

Une marche silencieuse organisée mardi midi place du Trocadéro à Paris

Fariba Adelkhah, anthropologue spécialiste du chiisme, et Roland Marchal, expert de la Corne de l’Afrique, sont tous deux membres du Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris. Ils ont été arrêtés alors que Roland Marchal rejoignait la chercheuse, qui est aussi sa compagne, pour un voyage privé. Leur état de santé s’est fortement dégradé depuis. Fariba Adelkhah « est aujourd’hui très affaiblie et peine à garder son équilibre » en raison de sa grève de la faim, souligne le comité.

« Roland Marchal, pour lequel elle s’inquiète énormément, est désemparé et est confronté à des problèmes de santé qui font l’objet de soins mais qu’aggrave évidemment sa détention », ajoute-t-il. Le chercheur souffre d’arthrose, de douleurs à l’aine et est psychologiquement très affaibli, a précisé Jean-François Bayart à l’AFP.

Une marche silencieuse sera organisée mardi à 12h30 sur le parvis des droits de l’Homme, place du Trocadéro à Paris, pour réclamer leur libération. Le Sénégalais Alioune Diagne, une des étoiles de la danse contemporaine en Afrique, s’y produira en hommage aux deux scientifiques.