Coronavirus : Quelles conséquences pour les Jeux olympiques de Tokyo?

« INFO-DEMIE » Après avoir fermement démenti les rumeurs d'annulation des Jeux qui couraient sur les réseaux sociaux, gouvernement et organisateurs tentent d'évaluer les effets qu'aura le virus sur l'événement

M.C.

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Le stade olympique de Tokyo, le 8 février 2020.
Le stade olympique de Tokyo, le 8 février 2020. — AFP

Lundi, le Japon se trouvait confronté à plus de 150 cas d’infection au coronavirus, même si le gouvernement nippon ne prend pas en compte dans son calcul les quelque 130 passagers infectés du paquebot Diamond Princess, en quarantaine à Yokohama, près de Tokyo, arrêtant donc le compteur à 26. Alors que le nombre de morts causées par le virus a dépassé celui du Sras en 2002-2003, l’inquiétude plane quant aux potentielles conséquences sur l’événement le plus important de l’année dans le pays, qui doit débuter dans moins de six mois : les Jeux olympiques.

Fin janvier, une rumeur surgit sur Twitter, accompagnée du hashtag « JO de Tokyo annulés » en japonais, propulsé parmi les « trending topics » du réseau social. Certains des tweets sont accompagnés d’une image du dessin animé Akira, adaptation du manga culte de Katsuhiro Otomo, publié à partir de 1982, dans lequel le maître imaginait que les Jeux olympiques auraient lieu en 2020 à « Neo-Tokyo ». Sous un panneau qui indique 147 jours restant avant l’événement, un graffiti sur un mur y proclame : « annulation, annulation ! ».

La rumeur est démentie dès le 31 janvier par la gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike, lors d’une conférence de presse. Trois jours plus tard, le Premier ministre Shinzo Abe met à son tour les choses au point, déclarant que « le gouvernement continue de se préparer normalement pour les Jeux ». « Les Jeux olympiques se dérouleront comme prévu » car « l’infection reste encore limitée et il n’y a aucune crainte sur l’organisation à ce stade », a martelé jeudi dernier le directeur général du comité d’organisation, Toshiro Muto, tandis que le porte-parole du comité international paralympique soulignait que « la peur se répand plus vite que le virus » et disait craindre que cette « info-démie » n’influence la perception du public à l’approche des Jeux.

« L’épidémie va sans doute continuer pendant plusieurs mois »

Les éventuelles interférences de l’épidémie avec l’événement sportif, pour lequel la capitale nipponne se prépare depuis près de dix ans, sont cependant prises très au sérieux par les organisateurs. « Nous sommes extrêmement inquiets que la progression de l’épidémie ne douche l’enthousiasme pour les Jeux », a convenu Toshiro Muto, espérant que la crise soit « résolue le plus vite possible ». Le Comité d’organisation a mis en place la semaine dernière une « task force » pour lutter contre la propagation du virus, et le sujet s’est invité vendredi à une réunion en présence de la ministre des Jeux, Seiko Hashimoto.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que le nombre de contaminations se stabilise en Chine, mais qu’il est trop tôt pour conclure que l’épidémie a dépassé son pic. Difficile, donc, de prédire quand elle sera enrayée, mais des scientifiques craignent que ce moment n’arrive pas avant le début des Jeux olympiques, le 24 juillet. « L’épidémie va sans doute continuer pendant plusieurs mois au moins, estime dans le Japan Times Koji Wada, professeur à l’université internationale de la Santé publique et du Bien-être. Il serait préférable que le gouvernement prépare un plan d’action qui prenne en compte les conséquences à long terme. »

« La seule lueur d’espoir pour l’économie cette année est les JO »

« Avant de se préoccuper de l’impact sur les Jeux olympiques et paralympiques, il vaudrait mieux se demander quel rôle le Japon peut jouer dans cette crise globale », juge, quant à lui, le chercheur en virologie Hitoshi Oshitani dans un message sur le site de la faculté de médecine de l’université du Tohoku. « Je pense qu’un pays qui ne serait pas capable de se poser cette question ne serait pas qualifié pour organiser les Jeux », ajoute celui qui fut conseiller auprès de l’OMS pendant l’épidémie de Sras.

Selon l’agence nipponne Kyodo, le gouvernement devrait annoncer dans la semaine un plan destiné à améliorer la réponse médicale du pays au coronavirus, notamment par une meilleure détection des cas d’infection et une organisation visant à accélérer le développement d’un vaccin. Un programme d’aide aux petites et moyennes entreprises ainsi qu’aux hôtels qui souffrent des conséquences du virus sur le tourisme devrait également être annoncé prochainement.

Les effets du coronavirus sur l’économie, qui se font déjà sentir, seraient évidemment encore aggravés si l’organisation des Jeux devait souffrir de la situation sanitaire. Sur la chaîne TV Tokyo, l’économiste Toshihiro Nagahama estime que « la seule lueur d’espoir pour l’économie nipponne cette année est les Jeux olympiques », alors que dans les négociations annuelles de printemps entre syndicats et patronat, les hausses de salaires risquent d’être freinées par les conséquences de l’épidémie, et que la consommation dans le pays se ressent toujours des effets de la hausse de la taxe sur la consommation en octobre dernier.