«La population américaine est aussi divisée qu’avant»

ANALYSE Pour l'auteur américain Bill Bishop, l'élection de Barack Obama n'a pas transcendé les divisions qui traversent la société américaine

Propos recueillis par Gilles Bouvaist

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De notre correspondant à New York

Journaliste vivant à Austin, Texas, Bill Bishop est l’auteur de The Big sort («La grande différenciation»), ouvrage qui décrit comment la société américaine s’est fragmentée en une multitude de communautés homogènes et repliées sur elles-même. Il chronique l'évolution de ce phénomène sur son blog. Son point de vue, une semaine après l’élection.

Pourriez-vous expliquer ce que vous appelez la grande différenciation?

Ce terme décrit un phénomène américain: les gens cherchent de plus en plus à s’entourer de gens comme eux, dans leur manière de penser et leurs attentes. Et aujourd’hui, leur style de vie sont alignés sur leur parti politique. Cela signifie que les églises où ils se rendent et les clubs qu’ils fréquentent sont devenus de plus en plus homogènes politiquement. Ce qui donne un pays très diversifié en soi, mais où la conformité augmente au niveau local.

Le résultat des élections présidentielles reflète-t-il un changement de la carte électorale américaine ?

Le pays a voté en suivant une division géographique assez nette. Obama a recueilli majoritairement le vote des villes tandis que le parti républicain en a été exilé.
Les centres urbains ont tous basculé pour les démocrates. Il y a quatre ans, leur marge d’avance sur les républicains y tournait autour de 4% ; cette année, elle avoisinait 14%. C’est énorme. John McCain, lui, a raflé les campagnes et des zones périurbaines. Au final, la population est aujourd’hui aussi divisée qu’hier, sinon pire. Il existe 3100 comtés aux Etats-Unis, et dans 1400 d’entre eux, John McCain avait plus de 20% d’avance. Et il y a eu nettement moins d’Etats très disputés.

Pourtant Barack Obama a réussi à faire basculer des Etats qui votaient républicains depuis longtemps, comme l’Indiana ou la Caroline du nord…


Oui, mais c’est en visant un type d’électeurs bien particulier. Dans une zone très rurale de Virginie, Obama a par exemple remporté Harrisonburg, une petite ville qui n’avait pas voté démocrate depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Il s’est rendu là-bas une semaine avant l’élection pour mobiliser les jeunes électeurs étudiants de la ville, qui compte deux universités. Ils ont voté pour lui, au point de faire basculer cette ville. Mais le comté rural environnant, lui, a voté massivement pour McCain.