Obama veut redéfinir la stratégie américaine en Afghanistan

M.Gr avec agence

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Barack Obama était attendu lundi avec une excitation rare à la Maison Blanche pour mettre pour la première fois le pied dans le Bureau ovale d'où il dirigera les Etats-Unis en janvier après George W. Bush.
Barack Obama était attendu lundi avec une excitation rare à la Maison Blanche pour mettre pour la première fois le pied dans le Bureau ovale d'où il dirigera les Etats-Unis en janvier après George W. Bush. — Stan Honda AFP/Archives

Après avoir clairement affiché son volontarisme sur le plan économique, Barack Obama entame les grandes manœuvres en politique étrangère. Selon le «Washington Post», son équipe étudie la mise en place d'une stratégie régionale dans la guerre en Afghanistan, qui inclurait des discussions avec l'Iran.

Si Barack Obama a l'intention de relancer la traque d'Oussama ben Laden dès sa prise de fonctions le 20 janvier, le journal, qui cite de façon anonyme ses conseillers en sécurité intérieure, précise que les futurs responsables américains sont favorables à des discussions entre le gouvernement afghan d'Hamid Karzaï et des talibans aux positions «conciliables».

La fin de la politique unilatérale de Bush?

Cela constituerait une rupture avec la politique unilatérale de George W. Bush, dont la conception est la «guerre totale au terrorisme», sans aucune concession. L'administration du président actuel a été «handicapée par des contraintes idéologiques et diplomatiques et l'engagement irréaliste visant à construire une démocratie moderne» en Afghanistan, écrit justement le journal de la capitale, citant des conseillers du président élu et des haut stratèges militaires interrogés avant et après le scrutin présidentiel du 4 novembre.

Un objectif plus réaliste serait d'aider à la construction d'un Afghanistan stable, qui rejette l'extrémisme islamiste et ne menace pas les intérêts américains, selon ces responsables. Une position proche de celle développée par les Britanniques, qui ont ouvertement négocié avec les talibans à Kandahar et dans le Helmand.

Jusqu’ici il n’y avait pas d’unité sur ce sujet dans la coalition, les Américains y étant très réticents. Pour des chercheurs comme Catherine Durandin, Obama «va redéfinir la stratégie en Afghanistan, et notamment avec les Européens, qui ne devra plus être seulement militaire. La guerre insurrectionnelle actuelle n’est pas efficace.»

Un dégel sous condition avec l’Iran

Sur l’Iran, il est encore trop tôt pour dire comment l'administration Obama pourrait coordonner ses efforts avec ce pays, alors que Washington et Téhéran n'ont pas entretenu de relations diplomatiques depuis 1979. Une salve de déclarations amicales a salué l’élection du démocrate, notamment du président Ahmadinejad, ce qui a surpris beaucoup d’observateurs, mais Obama a mis des conditions pour renouer le dialogue.

«Je n'ai aucun intérêt à m'asseoir avec nos adversaires s'il ne s'agit que de discuter, confiait-il le 4 juin dernier. En tant que président des Etats-Unis, j'adopterai une diplomatie ferme et fondée sur des principes avec le dirigeant iranien compétent au moment et à l'endroit de mon choix, si et seulement si cela peut servir les intérêts des Etats-Unis».

Si Obama préfère une diplomatie agressive et des sanctions salées à l’usage de la force, il restera très ferme sur la question du nucléaire militaire. Néanmoins, selon un responsable militaire américain cité par le Post, les deux pays partagent un même objectif en Afghanistan, les Iraniens «ne voulant pas plus que nous que des extrémistes sunnites arrivent au pouvoir en Afghanistan».