VIDEO. Procès de Donald Trump : Acquitté au Sénat, le président américain « sort renforcé » en vue de la présidentielle

DECRYPTAGE Fort d'une économie solide et une cote de popularité en hausse, le président américain est regonflé à bloc face à des démocrates englués dans le fiasco de l’Iowa

Philippe Berry

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Donald Trump avait le sourire, le 6 février 2020, après son acquittement devant le Sénat.
Donald Trump avait le sourire, le 6 février 2020, après son acquittement devant le Sénat. — Patrick Semansky/AP/SIPA

De notre correspondant aux Etats-Unis,

Il n’a pas pu s’en empêcher. Quelques minutes après son acquittement devant le Sénat américain, mercredi, Donald Trump a tweeté une vidéo le montrant président à vie. S’il s’agit d’une parodie, le locataire de la Maison-Blanche est plus optimiste que jamais sur ses chances de réélection le 3 novembre. Et il n’a peut-être pas tort.

  • Acquittement au Sénat

C’est le scénario que Nancy Pelosi, qui a longtemps refusé de lancer la procédure d’impeachment contre Donald Trump, redoutait. A l’exception de Mitt Romney, qui a voté pour condamner le président américain sur la charge « d’abus de pouvoir », tous les républicains ont fait corps autour de lui. Pour Doug Heye, ancien directeur de la communication du parti républicain, il n’y a aucun doute, Donald Trump « sort renforcé » de cette épreuve. « Comme après le rapport Mueller, il va pouvoir clamer, même si ce n’est pas totalement le cas, qu’il s’agit d’une exonération totale, et dénoncer une chasse aux sorcières partisane. »

Le feuilleton ukrainien n’est pourtant pas terminé, les démocrates pourraient encore essayer d’engager une bataille judiciaire pour faire témoigner John Bolton. L’ancien conseiller à la Sécurité nationale prévoit de toute façon de vider son sac dans un livre que la Maison-Blanche tente de censurer. Mais même si de nouveaux éléments à charge font surface, « à moins qu’il y ait un smoking gun (arme du crime), l’opinion publique est fatiguée après quatre longs mois d’impeachment », estime Doug Heye. Avec le risque que l’insistance de l’opposition passe pour de l’acharnement sur une affaire classée par le Sénat.

  • Cote de popularité en hausse

Avec 49 % d’opinions favorables, selon un sondage de Gallup publié mardi, Donald Trump est au plus haut de son mandat. Et c’était avant son acquittement. En général, le score d’un président sortant est indexé sur sa cote de popularité, comme l’a expliqué dans un podcast l’ancien campaign manager de John McCain, Steve Schmidt. Celui qui a rendu sa carte du parti républicain après l’élection de Donald Trump lance un message d’avertissement : « Avec ces chiffres, il est réélu. Les candidats (démocrates) vont devoir se ressaisir s’ils veulent le battre ».

Il ne s’agit toutefois que d’un sondage. Sur la moyenne compilée par RealClearPolitics et FiveThirtyEight, Donald Trump tourne autour de 45 % d’opinions favorables. Cela reste bas, mais son net favorable (l’écart entre les opinions positives et négatives) s’est réduit de moitié entre la fin septembre et aujourd’hui, passant de -14 à -7 points. Sa cote de popularité a atteint son plus bas après les révélations sur l’Ukraine et l’ouverture d’une enquête, puis elle est remontée lors des auditions à répétition et de son procès au Sénat.

  • L’économie reste solide

« It’s the economy, stupid ! » Cette maxime du stratège de Bill Clinton face à George H. Bush, en 1992, résume une règle qui s’est souvent vérifiée : quand l’économie va bien, un président sortant est réélu. Mais Donald Trump est un animal politique à part, très clivant, et sa cote de popularité pourrait perturber la donne. A moins que des nuages d’une récession n’arrivent à l’horizon, il va continuer, comme lors du discours sur l’état de l’Union, à marteler que les Etats-Unis ont « la meilleure économie du monde ». Et les records de Wall Street, qui profitent à la retraite par capitalisation de nombreux Américains, ne gâchent rien.

  • Tentative d’ouverture vers les minorités

Lors du Super Bowl, Donald Trump a dépensé cinq millions de dollars pour s’offrir un spot vantant les mérites de sa réforme de la justice pénale. « Je peux enfin serrer dans mes bras ma famille, j’ai droit à une seconde chance », narre Alice Johnson, une Afro-Américaine libérée alors qu’elle purgeait une peine de prison à vie pour un crime non violent lié aux drogues.

Lors de son discours sur l’Etat de l’Union, Trump a doublé la mise, invitant plusieurs « héros » issus des minorités et répétant que le taux de chômage pour les Afro-Américains et les hispaniques était « à son plus bas historique ». « Il ne va jamais remporter 20 ou 30 % du vote noir. Mais s’il arrive à grappiller quelques pourcents, ça pourrait faire basculer des Etats comme la Caroline du Nord », souligne Doug Heye. L’autre but du locataire de la Maison-Blanche est de « rassurer l’électorat blanc aisé dans les suburbs qui a délaissé Trump après Charlottesville », quand le président américain avait refusé de condamner explicitement les suprémacistes blancs.

  • Fiasco de l’Iowa pour les démocrates

Organisation ratée, bug informatique catastrophique… Trois jours après le premier scrutin de la primaire démocrate, on ne sait toujours pas avec certitude qui a gagné l’Iowa : Buttigieg devance Sanders d’un cheveu selon des résultats partiels portant sur 90 % des voix, devant Elizabeth Warren et un Joe Biden dans les choux. Mais selon le New York Times, il y a de nombreuses erreurs sur les résultats rapportés. A tel point que le patron du parti démocrate a appelé à une vérification globale. Un fiasco incompréhensible – même avec des règles très complexes pour un caucus – alors qu’il n’y a environ que 170.000 électeurs. Donald Trump s’en est donné à cœur joie dans son discours post-acquittement, ce jeudi, lançant avec un grand sourire : « Ils ne sont pas capables d’organiser un caucus, et ils veulent gérer votre assurance maladie ? »

  • Le piège de la réforme de la santé

Le sujet déchire les démocrates. Les candidats de l’aile gauche du parti, Bernie Sanders et Elibzabeth Warren, défendent le modèle « Medicare for all », qui étendrait à toute la population l’assurance maladie publique des seniors. Les Américains n’auraient pas le choix : ils devraient abandonner leur assurance privée. Les candidats plus modérés, Joe Biden et Pete Buttigieg, militent, eux, pour un modèle public optionel : chacun serait libre de choisir. Trump, lui, a promis qu’il « ne laisserait jamais les socialistes détruire l’assurance santé de 180 millions d’Américains ». « Tout le monde n’aime pas sa couverture actuelle, mais les Américains sont très nerveux face à tout changement sur la santé », avance Doug Heye. Le consultant de conclure : « C’est très facile pour les républicains de faire peur aux électeurs sur ce dossier, surtout si le candidat est Bernie Sanders. »