Coronavirus : Le racisme antiasiatique se répand dans le monde entier

RACISME La crainte du coronavirus a alimenté une vague de xénophobie violente envers les Asiatiques dans le monde entier, causant des agressions et des insultes

Maureen Songne

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Manifestation à Hong Kong demandant la fermeture des frontières entre Hong Kong et la Chine pour éviter la propagation du coronavirus.
Manifestation à Hong Kong demandant la fermeture des frontières entre Hong Kong et la Chine pour éviter la propagation du coronavirus. — Miguel Candela / SOPA Ima/SIPA

On vous en avait déjà parlé. En France, le Courrier Picard, quotidien régional, a choqué les esprits avec sa une intitulée « Alerte jaune » accompagnée d’un éditorial intitulé «  Le péril jaune ? ». Une couverture qui n’a pas manqué de faire le tour du monde dans différents journaux. Sous le hashtag #JeNeSuisPasUnVirus, des milliers de témoignages d’Asiatiques victimes de racisme décomplexé défilent sur la Toile depuis une semaine.

Mais la propagation rapide du coronavirus, qui à ce jour a contaminé plus de 20.700 personnes dans au moins 23 pays, s’est accompagnée d’une déferlante de xénophobie envers la communauté chinoise en Asie et plus généralement les Asiatiques en Occident, bien que plus de 99 % des cas restent répertoriés en Chine. Entre insultes et discriminations, la panique du virus a libéré un violent sentiment antichinois à travers le monde.

Des peurs hystériques

Aux Etats-Unis et aux Philippines, les recommandations de deux universités ont provoqué un tollé. Le service de santé de la prestigieuse université de Berkeley a expliqué dans un post Instagram que la xénophobie était une «réaction ordinaire » face à la crainte du coronavirus et l’université Adamson à Manille a recommandé à ses étudiants d’origine chinoise d’observer 14 jours de quarantaine par précaution. Les deux universités se sont depuis excusées.

Plus alarmant, dans le Chinatown de Sydney, un homme s’est écroulé devant un restaurant et est décédé de ce qui semble être une crise cardiaque. Selon le Daily Telegraph, les passants autour de l’homme ne lui ont pas fait de massage cardiaque par crainte du coronavirus, durant des minutes cruciales qui auraient pu lui sauver la vie.

Des cas de racisme aux urgences en Australie

La xénophobie ambiante en Australie inquiète, alors que de nombreux cas de discriminations voire d’agressions ont été rapportés. Une situation telle que le Collège pour la médecine d’urgence australien a publié lundi un communiqué, à la suite de signalements répétés de racisme dans les couloirs des services d’urgence, vécus tant par les patients que par le personnel « d’apparence chinoise ».

Ailleurs dans le monde, d’autres faits racistes ont été relevés en Espagne, en Italie et au Canada, où le simple fait d’être asiatique vaut des insultes, des interdictions d’entrée dans des commerces ou des agressions.

L’Asie n’échappe pas à la xénophobie. En Malaisie, pays inondé de fake news sur le coronavirus au point que 6 personnes se soient fait arrêter pour en avoir publiées, c’est carrément une pétition antichinois qui gagne en popularité sur la Toile. Intitulée « Empêchez les citoyens de la république de Chine d’entrer en Malaisie !!! », ce n’est pas moins de 414.000 personnes qui ont à ce jour signé la pétition.

Un racisme culturel

Des réactions xénophobes du même type étaient déjà survenues lors de l’épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère (Sras) en 2003. A la différence près qu’aujourd’hui, beaucoup plus de Chinois voyagent : selon le ministère de la Culture et du Tourisme, les Chinois ont réalisé environ 150 millions de voyages à l’étranger en 2018. Des chiffres en hausse de 15% par rapport à l’année précédente.

Un racisme antiasiatique uniquement lié à la psychose autour du virus ? Les stéréotypes autour de cette communauté ont toujours été bien ancrés dans les mentalités, banalisés au point d’être perçu comme normaux et que très peu dénoncés.

Piers Morgan et ses « blagues »

Très typique de la normalisation du racisme antiasiatique, c’est le polémique animateur de télévision pour « Good Morning Britain » Piers Morgan qui s’est permis une blague des plus douteuses. Dans un sujet diffusé le 21 janvier dernier, le présentateur imite un des petits-fils de la reine Elisabeth qui apparaît dans une publicité chinoise pour du lait avec un accent (pour lui) chinois : « Au prochain événement royal, vous imaginez, Noël à Sandringham ce sera : “Je suis désolé Votre Majesté, mais je ne bois que du lait yang yank yong ying ming.” »

Depuis l’arrivée du coronavirus, les mèmes et blagues racistes pullulent sur les réseaux sociaux. Et en énervent plus d’un. Dans une tribune du Los Angeles Times, le contributeur Franck Shyong dénonce : « Soyons clairs : vos peurs ne justifient pas votre racisme et votre xénophobie. Vos blagues sur le coronavirus ne sont pas drôles. Elles sont inutiles et banalisent quelque chose qui doit être pris au sérieux. Et cela crée un environnement de peur, de panique et de désinformation qui est bien plus dangereux que le virus en lui-même. »