Procès Weinstein : Sous la pression de la défense, une accusatrice en difficulté à la barre

COMPTE-RENDU Jessica Mann, qui accuse le producteur de viol, a éclaté en sanglots et n’arrivait plus à s’exprimer, poussant le juge à écourter l’audience

20 Minutes avec AFP

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Jessica Mann, qui accuse Harvey Weinstein de viol, à sa sortie du tribunal de Manhattan, le 3 février 2020.
Jessica Mann, qui accuse Harvey Weinstein de viol, à sa sortie du tribunal de Manhattan, le 3 février 2020. — EDUARDO MUNOZ ALVAREZ / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Pendant plus de cinq heures, elle a fait face au feu nourri du contre-interrogatoire de la défense. Et alors qu’une des avocats d’Harvey Weinstein lui demandait de lui lire un e-mail envoyé à son ex-copain, Jessica Mann a éclaté en sanglots, ayant, selon des journalistes présents, du mal à respirer. Après une brève pause et alors qu’elle n’arrivait toujours pas à s’exprimer, le juge a décidé d’ajourner l’audience, lundi.

Connue pour sa férocité, l’avocate Donna Rotunno a soumis Jessica Mann à un tir de barrage, alimenté par des dizaines de courriers électroniques écrits par l’aspirante actrice après le premier viol dont elle assure avoir été victime, en mars 2013, à New York. Harvey Weinstein, 67 ans, nie les accusations portées contre lui et assure que ces relations étaient toutes consenties.

« Merci pour ta gentillesse »

« Merci pour ton soutien sans faille et ta gentillesse », dit-elle dans l’un de ces courriers, daté de novembre 2013. « Personne ne me comprend comme toi », écrit-elle dans un autre, avant d’évoquer, dans un troisième, le « sourire » et « les yeux magnifiques » du producteur de cinéma.

Pressée d’expliquer pourquoi elle avait poursuivi son histoire avec le producteur si longtemps, elle a reconnu que, passé les premières années, elle « [n’avait] plus rien à tirer de Harvey » Weinstein, sans vraiment justifier sa décision.

Déjà fragilisé par l’interrogatoire de vendredi, décousu et parfois incohérent, son témoignage a été encore affaibli lundi par cette correspondance, qui ne laissait apparaître aucune réserve ou distance dans sa relation avec Harvey Weinstein. Elle a assuré qu’elle avait agi par « peur » pour éviter les « accès de colère » du producteur.

« Un pseudo-père »

Au bout de six heures de contre-interrogatoire, Donna Rotunno a porté l’estocade en demandant à cette femme de 34 ans de lire une lettre adressée à celui qui était son petit ami en 2013. Elle y expliquait qu’Harvey Weinstein lui avait « offert de l’aide quand mes parents ne le faisaient pas ». « J’ai essayé d’en faire un pseudo-père », ajoutait cette jeune femme issue d’un milieu paysan très religieux.

« Je ne pouvais pas vivre la vie qu’ils [ses parents] voulaient que je vive », a poursuivi la jeune femme, expliquant que pour eux, le milieu du divertissement dont elle rêvait incarnait le « mal ».

Dans ce contexte, Harvey Weinstein « m’a offert toute la validation dont j’avais besoin » dans le milieu du divertissement, a-t-elle expliqué. Jessica Mann essayait de retenir ses larmes durant la lecture de cette lettre et a fini par craquer.

Harvey Weinstein est poursuivi pour le viol de Jessica Mann en 2013 et l’agression sexuelle de Mimi Haleyi, en 2006, mais pas pour les faits concernant trois autres femmes ayant témoigné contre lui depuis dix jours, notamment la comédienne Annabella Sciorra. Dès avant le début du procès, la défense avait mis en avant le fait que Jessica Mann avait maintenu une relation avec Harvey Weinstein après le viol présumé et eu des rapports sexuels avec lui, jusqu’en 2016.