Coronavirus : La photo d’un homme mort dans une rue de Wuhan accusée d’être trompeuse

FAKE OFF Des internautes accusent l’AFP d’induire le public en erreur avec la publication d’une photo prise dans la ville chinoise où l’épidémie du virus 2019-nCoV a démarré

Marie De Fournas

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Cette photo d'un homme mort à Wuhan est accusée d'induire le public en erreur par certains.
Cette photo d'un homme mort à Wuhan est accusée d'induire le public en erreur par certains. — Hector RETAMAL / AFP
  • L’AFP a publié deux photos montrant un homme présenté comme mort, allongé par terre dans une rue de Wuhan, en Chine.
  • De nombreux internautes accusent l’agence de presse de laisser entendre que l’homme est mort du coronavirus et d’alimenter la psychose.
  • Les légendes des photos, très factuelles, ne l'affirment à aucun moment.

De l’importance de la légende. Samedi 1er février, l’Agence France presse publie sur Twitter et Instagram deux photos chocs. Elles ont été prises deux jours plus tôt par le photographe Hector Retamal, envoyé spécial à Wuhan, la ville chinoise où a débuté l’épidémie de coronavirus début décembre. Sur celles-ci, on peut voir un homme étendu dans une rue et porteur d’un masque. L’AFP précise que l’homme est décédé.

L’une des deux photos montre un cycliste passant devant le corps sans sembler y prêter attention et, sur la seconde, des personnes en combinaison intégrale entourent l’homme. Rapidement, ces clichés sont repris par de nombreux journaux à l’international. Mais sur les réseaux, les commentaires d’internautes fusent. « C’est irresponsable, il n’y a aucune preuve que cet homme soit mort du virus et pourtant vous établissez un lien sans équivoque », écrit un internaute. « Vous induisez les gens en erreur, avez-vous la photo complète ? Non ! Vous ne dites pas la vérité ! », lance un autre. Plusieurs reprochent également à la légende photo d’être ambiguë. Certains internautes vont jusqu’à suspecter la photo d’être totalement fausse.

FAKE OFF

Sous la photo publiée sur Instagram, l’AFP explique que les journalistes de l’agence ont vu le corps jeudi matin devant un magasin de meubles fermé. L’agence souligne que les quelques passants s’aventurant dans les rues « n’osent pas s’approcher de lui ».

Peu de temps après cette découverte, « un véhicule d’urgence transportant policiers et personnel médical en combinaison de protection intégrale » arrive sur place. Le personnel emmène le corps après avoir « empilé des cartons de supermarché pour cacher la scène ».

L’AFP indique au bout du septième paragraphe qu’elle « n’a pas pu déterminer comment l’homme, qui semblait âgé dans la soixantaine, était décédé ». Elle précise qu’elle n’a pas pu obtenir davantage de détails de la part de la police et des autorités sanitaires locales. Sur Twitter, elle reproduit la déclaration d’un des journalistes en reportage dans la ville en compagnie du photographe à l’origine du cliché : « Nous ne pourrons jamais vérifier s’il était mort du virus. Mais dans un pays comme la Chine, un homme laissé deux heures sur la chaussée à 50 mètres de l’entrée d’un hôpital, c’était vraiment significatif ».

Montrer la psychose, pas l’alimenter

Devant ce manque d’information, certains avancent des hypothèses sur les causes de la mort de l’homme. « La presse italienne dit que l’homme est mort d’une crise cardiaque. Il semble qu’il n’y ait rien à voir avec le virus », assure une internaute. Après vérification, cette information provient d’un article du journal conservateur Il Giornale, détenu et majoritairement contrôlé par la famille Berlusconi. Ses affirmations sur la cause du décès ne sont pas sourcées.

Le manque de précisions sur la mort de cet homme occulte le message initial de cette photo : personne n’ose s’approcher du cadavre. Pour l’AFP, « la réaction de la police et du personnel médical en combinaison de protection, ainsi que certains des passants, ont mis en évidence la peur qui imprègne la ville ».

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