Primaire démocrate : L’Iowa, premier scrutin d’un marathon encore très incertain

DECRYPTAGE On passe aux choses sérieuses lundi, dans une course où Bernie Sanders et Joe Biden se disputent le statut de favori

Philippe Berry
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Donald Trump face aux démocrates Joe Biden, Bernie Sanders et Elizabeth Warren (photomontage).
Donald Trump face aux démocrates Joe Biden, Bernie Sanders et Elizabeth Warren (photomontage). — Sipa/AP

Qui affrontera Donald Trump le 3 novembre prochain ? Après plus de six mois de campagne et sept débats télévisés parfois houleux, la primaire démocrate rentre dans le vif du sujet avec le premier scrutin, qui se tient dans l’Iowa, lundi. La course a déjà fait des dégâts : sur la vingtaine de candidats qui rêvaient de la Maison Blanche, près de la moitié ont jeté l’éponge, notamment Kamala Harris, Beto O’Rourke et Cory Booker. Alors que Joe Biden reste en tête des sondages, Bernie Sanders revient fort et Elizabeth Warren n’a pas dit son dernier mot. Michael Bloomberg et Pete Buttigieg, eux, espèrent encore créer la surprise dans une course qui pourrait rester indécise jusqu’à la convention de Milwaukee cet été.

C’est quoi la différence entre un caucus et une primaire ?

Une primaire ressemble à un scrutin traditionnel, avec un vote dans l’isoloir et un décompte des bulletins. Le caucus est une curiosité archaïque, à mi-chemin entre une réunion de quartier et une élection. Dans une salle, les électeurs se rassemblent par groupe pour chaque candidat. En dessous d’un certain seuil, un candidat est éliminé, et ses supporteurs se font ensuite draguer pour passer à l’ennemi.

Que disent les sondages ?

Historiquement, ils ne sont pas très précis dans cet état rural, et le format du caucus complique la donne. Selon les derniers chiffres, Bernie Sanders a le vent en poupe (24 %), devant Joe Biden (20 %), Pete Buttigieg (16 %) et Elizabeth Warren (15 %). Au niveau national, l’ancien vice-président reste en tête, devant Sanders et Warren, avec Buttigieg et Bloomberg loin derrière.

Pourquoi la primaire démocrate pourrait durer très longtemps ?

Dans chaque Etat, les candidats récoltant au moins 15 % des voix se partagent des délégués (sorte de grands électeurs) à la proportionnelle. Il n’y a aucun scrutin où le vainqueur rafle tout (« winner takes all ») comme chez les républicains. Dans l’Iowa, 41 délégués sont en jeu sur un total de… 3.979. Suivront le New Hampshire, le Nevada et la Caroline du Sud, où Joe Biden espère frapper fort grâce à sa popularité chez les Afro-Américains. La course devrait commencer à se décanter lors du « Super Tuesday », le 3 mars, un mardi où une douzaine d’Etats votent en même temps, avec près d’un tiers du total des délégués attribués d’un coup.

Le résultat de l’Iowa prédit-il le vainqueur final ?

Chez les démocrates, relativement souvent. Depuis les années 70, sur dix scrutins, six candidats qui ont terminé en tête dans l’Iowa ont remporté la nomination. Plus récemment, c’est même quatre sur quatre, avec Al Gore, John Kerry, Barack Obama et Hillary Clinton. En revanche, Bill Clinton n’avait fini que 4e avant de réaliser son célèbre « come-back ».

Une convention contestée est-elle possible ?

Ce scénario d’une « brokered convention » se produira si aucun candidat n’obtient la majorité absolue des délégués – ce qui n’est jamais arrivé puis les années 1950. Les démocrates gardent en effet sous le coude 771 « superdélégués » (des cadres du parti) qui peuvent voter pour le candidat de leur choix mais font en général pencher la balance en faveur de la personne arrivée en tête, comme Obama en 2008 et Clinton en 2016.

Selon des projections du site FiveThirtyEight, Joe Biden a 42 % de chances de s’imposer, contre 22 % pour Bernie Sanders. Mais le risque d’une convention contestée à Milwaukee, mi-juillet, reste élevé, à 15 % – soit une chance sur huit. C’est sur ce scénario que mise l’ancien maire de New York, Michael Bloomberg, qui s’est lancé tardivement dans la course et va rater les premiers scrutins. Sur le papier, un chevalier blanc qui n’était pas candidat pourrait même émerger comme… Hillary Clinton. Pour un remake de 2016 ?