Brexit : « Vais-je pouvoir rester ? Vais-je devoir partir ? » Les Européens de Londres inquiets pour leur avenir

BYE BYE EUROPE La municipalité de Londres, dirigée par l’opposant au Brexit Sadiq Khan, offre ce vendredi du soutien émotionnel et des conseils juridiques gratuits aux Européens installés dans la capitale britannique

Anissa Boumediene

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Le maire de Londres, Sadiq Khan, souhaite que les Européens installés à Londres restent dans la capitale, malgré le Brexit, ce vendredi 31 janvier.
Le maire de Londres, Sadiq Khan, souhaite que les Européens installés à Londres restent dans la capitale, malgré le Brexit, ce vendredi 31 janvier. — A. Boumedienne / 20 Minutes
  • Ce vendredi soir à minuit (23 heures à Londres), le Royaume-Uni quittera l’Union européenne.
  • A Londres, les nombreux expatriés français et originaires d’autres pays européens se posent des questions sur leur avenir au sein du pays.
  • Pour y répondre, la mairie de Londres offre ce vendredi des conseils juridiques gratuits aux Européens de Londres. Et « 20 Minutes » était au rendez-vous.

A Londres

Si l’humeur des expatriés vivant à Londres était une chanson, ce serait peut-être Should I stay or should I go, morceau des Clash (ou Should I leave ? Or should I stay de David Charvet, selon ses goûts). Car en ce «  Brexit day », la météo est aussi maussade que l’humeur d’une partie des Londoniens, opposés à la fin de l’aventure  européenne du Royaume-Uni. Ainsi, ils sont nombreux à s’être rendus au London City Hall, sur les bords de la Tamise, à deux pas du London Bridge. Ce vendredi, la mairie de Londres a ouvert ses portes à 17 heures pour une occasion bien particulière.

Alors que les Anglais sortiront officiellement de l’Union européenne ce vendredi à minuit (23 heures à Londres), les inquiétudes sont nombreuses chez les expatriés européens installés à Londres. C’est pourquoi la municipalité, dirigée par le travailliste et anti-BrexitSadiq Khan, leur offre ce vendredi des « conseils juridiques gratuits » et du « soutien émotionnel ». Le but, répondre à leurs questions : Vais-je pouvoir rester ? Vais-je devoir partir ? Ma famille va-t-elle pouvoir me rejoindre ? 20 Minutes a assisté à l’événement.

« Vous êtes Londoniens, votre place est ici »

« London is open » (« Londres s’ouvre à vous »), c’est avec ce message plein d’espoir et de fraternité que le maire de la capitale britannique a ouvert son discours aux Européens de Londres. Avec émotion, Sadiq Khan a tenu dès son arrivée à rassurer tous les Londoniens venus d’Europe, installés dans sa ville. « Vous êtes Londoniens. Vous êtes estimés, respectés, aimés et adorés. Votre place est ici et vous serez toujours les bienvenus », a-t-il déclaré avant de recevoir une standing-ovation.

« Je dois prouver toutes mes années de vie à Londres pour rester »

Mais un message bienveillant ne suffit pas à effacer les craintes de tous ces Français, Italiens, Espagnols, Grecs et autres résidents européens sur leur futur à partir du 1er février. C’est le cas de Marie, aussi Londonienne que Française, qui vit dans la capitale britannique depuis de nombreuses années avec son époux, de nationalité britannique. Si pour elle, sa vie est depuis longtemps en Grande-Bretagne, ce n’est pas aussi évident du côté des autorités anglaises. Et c’est bien ce qui l’inquiète aujourd’hui. « J’ai fait une demande de « settlement » [demande de résidence permanente], pour continuer à être résidente à Londres, mais ma demande a été refusée, explique-t-elle. Je vis ici depuis tellement longtemps ! Mais aujourd’hui on me demande de prouver toutes mes années de vie à Londres pour pouvoir rester. Or, tous nos documents administratifs sont au nom de mon mari ». La Française est donc venue ici pour recevoir les conseils gratuits d’une juriste, « pour connaître les démarches à faire obtenir le droit de rester en Grande-Bretagne sans renoncer à ma nationalité française ».

Luca, lui, est prêt à y renoncer, à sa nationalité italienne. Installé à Londres depuis six ans avec son épouse – italienne comme lui mais naturalisée britannique – son statut de résident ne suffit pas à le rassurer. « On est dans l’inconnu, on ne sait pas ce qu’il va se passer, puisque les conditions du Brexit ne sont pas totalement définies. Peut-être que les formalités que les immigrés doivent accomplir vont se durcir, imagine-t-il. Donc je ne veux pas prendre de risque ».

« Calmer les angoisses »

À 26 ans, Maximilien est installé dans la capitale britannique depuis plus de six mois, où il travaille dans un hôtel et se prépare déjà à prendre ses nouvelles fonctions au printemps prochain « dans une société qui accompagne les entreprises qui souhaitent faire leur transition écologique ». Et il n’envisage pas un instant de retourner vivre en France après le Brexit. « J’ai l’intention de vivre à Londres pour au moins les dix prochaines années », assure-t-il.

Et pour mettre toutes les chances de son côté, il a déjà obtenu un « pre-settlement status », document qui lui permet de résider et travailler en Grande-Bretagne jusqu’en 2023. Mais cela n’empêche pas le jeune homme de se poser de nombreuses questions sur son avenir à Londres : « Forcément, c’est stressant, je n’ai pas envie d’être reconduit à la frontière ! ».

Lia est là aujourd’hui, à la mairie de Londres, pour le rassurer : « Calmer les angoisses. C’est ma mission aujourd’hui, accompagner les Londoniens d’Europe qui s’inquiètent, parce que le Brexit est pour eux une source de stress incroyable, c’est l’inconnue », explique la jeune femme d’origine grecque.