Coronavirus : Le Japon entre précautions sanitaires et inquiétudes économiques

EPIDEMIE Les secteurs du tourisme, du commerce et de l’industrie redoutent les possibles conséquences du coronavirus

Mathias Cena

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Des passagers équipés de masques à bord d'une rame de métro, à Tokyo le 28 janvier 2020.
Des passagers équipés de masques à bord d'une rame de métro, à Tokyo le 28 janvier 2020. — AFP
  • Sur le sol japonais, sept cas de contamination au virus venu de Chine sont pour l’heure confirmés.
  • Contrôles de température aux aéroports, distributeurs de gel désinfectant dans les hôtels, commerces et entreprises, employés appelés à télétravailler… Diverses précautions ont été mises en place.
  • Les secteurs du tourisme et du commerce s’inquiètent, notamment du tarissement du flux des voyageurs chinois vers le Japon.

« Nous sommes vraiment soulagés. » Devant les médias japonais, Takayuki Kato, tout juste débarqué à l’aéroport de Narita, près de Tokyo, en provenance de Wuhan, ne cache pas sa joie d’être de retour sur le sol nippon, ce mercredi matin. Comme les Etats-Unis et bientôt la France, le Japon a dépêché un avion vers la métropole chinoise pour rapatrier ses ressortissants qui le souhaitent.

Un premier aller-retour a permis à 206 Japonais d’atterrir dans l’Archipel, sur les quelque 650 qui vivraient dans la ville chinoise où le coronavirus est apparu en décembre. Selon le ministère de la Santé, plusieurs des passagers de l’avion présentaient de possibles symptômes du virus, fièvre ou toux, et quatre ont été hospitalisés à l’arrivée.

Une « maladie infectieuse spéciale »

Sur le sol japonais, sept cas de contamination avaient été confirmés mardi. Dont, pour la première fois, une personne ne s’étant pas rendue à Wuhan. Le virus aurait été transmis à ce chauffeur de car sexagénaire par des touristes originaires de la ville chinoise, avec qui il a été en contact au cours de deux voyages dans la première quinzaine de janvier.

« Nous prendrons toutes les mesures possibles pour empêcher la propagation du virus », a déclaré le porte-parole de l’exécutif, Yoshihide Suga. Face à la menace sanitaire, le gouvernement japonais a donné mardi au coronavirus le statut de « maladie infectieuse spéciale » – une mesure déjà prise notamment en 2014 pour le Syndrome respiratoire du Moyen-Orient (Mers), en 2006 pour le H5N1 ou en 2003 pour le Sras –, qui permet l’hospitalisation forcée de patients infectés et l’allocation de fonds publics aux traitements, dans l’une des 400 institutions médicales agréées dans le pays.

La demande de masques multipliée par dix

Des contrôles de température aux aéroports à la mise en place de distributeurs de gel désinfectant dans les hôtels, commerces et entreprises, des précautions ont été mises en place dès la mi-janvier, quand un premier cas a été confirmé au Japon. Le fournisseur de services internet GMO a lui prié lundi 4.000 de ses employés dans le pays de travailler de chez eux. Plusieurs compagnies aériennes japonaises ont demandé à leur personnel, à bord et au sol, de porter des masques de protection en papier.

Malgré des doutes sur l’efficacité de ces masques pour se prémunir contre le virus, les commerçants nippons croulent sous la demande. L’entreprise Unicharm, principal fabriquant de masques au Japon, estime que les commandes ont temporairement décuplé après la confirmation du premier cas d’infection dans le pays, et a décidé d’augmenter la production de masques et de lingettes désinfectantes. Selon le journal Sankei, la demande vient notamment de touristes chinois en visite au Japon, désireux de ramener des stocks de masques, qu’il est devenu difficile de se procurer en Chine.

« 80 % de nos clients étrangers sont chinois »

Mais les secteurs du tourisme et du commerce sont surtout préoccupés par le tarissement du flux de voyageurs chinois, depuis que Pékin a suspendu tous les voyages en groupe lundi, et a recommandé mardi à ses ressortissants de reporter leurs voyages à l’étranger. Les vacances du Nouvel An chinois sont l’occasion pour de nombreux touristes de l’Empire du Milieu de se rendre au Japon : le ministère des Transports nippon tablait, avant le début de l’épidémie, sur la venue de 400.000 voyageurs chinois par les airs et 35.000 sur des navires de croisière.

Hôtels, agences de voyages et sociétés de transport s’attendent donc à souffrir économiquement de l’épidémie, tout comme les commerçants des zones touristiques : « Nos ventes seront sans doute affectées, car 80 % des clients étrangers dans notre magasin sont chinois », déclare à l’agence Kyodo l’opérateur du grand magasin Hankyu, à Osaka (ouest du Japon). Certains craignent même que ce coup d’arrêt au tourisme chinois ne remette en cause l’objectif que s’est fixé le gouvernement nippon d’accueillir 40 millions de visiteurs étrangers cette année, alors que l’afflux de touristes sud-coréens a aussi souffert des mauvaises relations entre les deux pays.

D’autres secteurs de l’économie nipponne pourraient également souffrir de la paralysie de l’activité à Wuhan, coupée du monde depuis sa mise en quarantaine jeudi dernier. La ville accueille 160 entreprises japonaises, dont les constructeurs automobiles Nissan et Honda, l’équipementier Denso ou le géant de l’air conditionné Daikin.