Agressée dans une chambre d’enfant : Le récit d’une victime présumée d’Harvey Weinstein

ETATS-UNIS L'une des deux principales accusatrices du procès a affirmé avoir été agressée sexuellement dans une chambre d'enfant de l’appartement new-yorkais du producteur

20 Minutes avec AFP

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Harvey Weinstein à son arrivée au tribunal à New York, le 27 janvier 2020.
Harvey Weinstein à son arrivée au tribunal à New York, le 27 janvier 2020. — Erik Pendzich/REX/SIPA

Si plus de 80 femmes ont accusé le magnat du cinéma de les avoir harcelées ou agressées sexuellement, Harvey Weinstein, qui affirme que ses relations sexuelles étaient toutes consenties, n’est poursuivi devant un tribunal pénal new-yorkais que pour deux incidents. L’un d’eux concerne l’ancienne assistante de production Mimi Haleyi, qui affirme avoir été agressée sexuellement en juillet 2006.

Lundi, au quatrième jour des débats, la quadragénaire a livré sa version de cette soirée dans l’appartement d’Harvey Weinstein, à Soho, où le producteur lui avait demandé de venir pour le saluer. Elle a décrit un homme affable se transformant d’un coup, sans signe avant-coureur. « Il m’embrassait et me tripotait » alors que la conversation était « normale » quelques secondes plus tôt, a-t-elle dit. Une fois debout, « je marchais en reculant parce qu’il me poussait avec son corps », a-t-elle poursuivi.

Acculée, elle a raconté s’être retrouvée dans une chambre d’enfant, avec des dessins accrochés au mur. « Durant tout ce temps, je lui ai exprimé que je ne voulais pas de ça », a-t-elle expliqué. Le producteur l’aurait poussée sur le lit, et « chaque fois que j’essayais de me relever, il me poussait de nouveau », a-t-elle affirmé, laissant échapper des sanglots. L’un des hommes les plus puissants d’Hollywood lui aurait alors fait un cunnilingus, après lui avoir retiré son tampon, a-t-elle dit. « J’essayais de m’échapper, mais j’ai réalisé que ça ne servait à rien », a-t-elle déclaré, le producteur pesant environ trois fois son poids. « J’ai fermé mon esprit. »

« Je me disais qu’aller voir la police n’était pas une option pour moi », a expliqué cette élégante femme brune, car elle travaillait alors à New York sans visa de travail et risquait l’expulsion des Etats-Unis. Celle qui a changé son nom de famille depuis la publication des premières révélations sur le producteur a aussi dit craindre cet homme de « pouvoir » et de « contacts ».

Une « relation consentie » pour la défense

L’ancienne assistante de production, qui a quitté depuis le milieu du cinéma, a raconté avoir eu une relation sexuelle avec Harvey Weinstein deux semaines environ après l’agression présumée. S’agissait-il d’une agression sexuelle ? a demandé l’un des avocats de la défense, Damon Cheronis, lors du contre-interrogatoire. « Je n’ai pas résisté », a répondu, dépitée, Mimi Haleyi, précisant qu’Harvey Weinstein l’avait préalablement agrippée et jetée sur un lit.

Lors du contre-interrogatoire, Damon Cheronis a produit un déluge de courriers électroniques et de pages du propre agenda de Mimi Haleyi pour montrer qu’elle était restée en contact avec son agresseur présumé plusieurs années après les faits allégués. « Je suis vraiment contrariée de vous avoir manqué », a-t-elle écrit à l’assistant d’Harvey Weinstein après un passage du puissant producteur à Londres, dans un courrier électronique daté de septembre 2006, soit deux mois après l’incident présumé.

Quelques mois plus tard, elle a rencontré le producteur à Londres, où elle habitait, pour lui parler d’un projet d’émission de télévision. « Comme un ami le montrerait à un ami ? », a demandé Damon Cheronis. « Non, comme une personne le montrerait à une autre qui a beaucoup d’expérience » professionnelle, a répondu Mimi Haleyi, qui n’a jamais paru déstabilisée par les questions de la défense.

L’avocat a ensuite enchaîné sur un nouveau courrier électronique, daté de 2008, dans lequel elle signe « plein d’amour » (« Lots of Love »). « C’est une façon courante de signer », a rétorqué Mimi Haleyi. « Vous aviez une relation consentie avec M. Weinstein », a alors lancé l’avocat, affirmation démentie par l’intéressée. « Vous étiez amie avec M. Weinstein », a-t-il poursuivi. « J’avais une relation professionnelle avec M. Weinstein », a-t-elle répliqué. « Il ne vous a jamais agressée sexuellement ! » a interjeté Damon Cheronis dans un dernier baroud en direction du jury, quelques instants avant que la témoin du jour ne soit remerciée par le juge James Burke. « Ce n’est pas vrai », a-t-elle immédiatement répondu.

Après le témoignage de Mimi Haleyi, et celui, la semaine dernière, de l'actrice Annabella Sciorra, la troisième femme très attendue au procès est Jessica Mann, qui affirme avoir été violée en 2013 par Harvey Weinstein. Ce dernier risque la perpétuité.