Italie : Scrutin à haut risque pour un gouvernement déjà fragile en Emilie-Romagne

SUEURS FROIDES Une victoire de la Ligue de Matteo Salvini dans cette région bastion de la gauche depuis cent cinquante ans pourrait précipiter une chute du gouvernement national

R. G.-V. avec AFP

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Le candidate de la gauche aux élections en Emilie-Romagne, Stefano Bonaccini.
Le candidate de la gauche aux élections en Emilie-Romagne, Stefano Bonaccini. — Massimo Paolone/AP/SIPA

L’Italie a les yeux braqués dimanche sur l’Émilie-Romagne, dont l’élection régionale a valeur de test national, la fragile coalition au pouvoir redoutant qu’une victoire de l’extrême droite dans ce bastion de gauche n’entraîne une chute du gouvernement. Les représentants de la majorité formée par le Parti démocrate (PD, gauche) et les 5 Étoiles (M5S, anti-establishment) ont eu beau marteler que ce scrutin n’aura aucune incidence, le chef de la Ligue (extrême droite) Matteo Salvini a prévenu : si son parti l’emporte, il exigera dès lundi des législatives anticipées. Il mène actuellement largement les sondages nationaux.

Région prospère du centre nord de la péninsule, baignée par l’Adriatique, l’Émilie-Romagne a longtemps été un bastion inexpugnable de la gauche dont les valeurs prévalent toujours dans ses villes, même si la droite a fait de sérieuses incursions dans ses villages et ses campagnes. Les derniers sondages publiés avant le silence médiatique imposé par la loi ont montré que la droite, menée par la Ligue, était au coude-à-coude avec le Parti démocrate.

Bons résultats économiques localement

Quelque 3,5 millions d’électeurs sont appelés à voter dimanche entre 07 h 00 et 23 h 00 pour élire leur exécutif régional. Soutenue par l’ancien chef du gouvernement Silvio Berlusconi, la candidate d’extrême droite Lucia Borgonzoni, 43 ans, a été éclipsée par Matteo Salvini qui a sillonné la région, inondant les médias sociaux d’images le montrant en train de déguster les spécialités « Made in Italy » que sont le jambon de Parme et le parmesan.

Dans le camp adverse, le président de région sortant et candidat de la gauche Stefano Bonaccini lui a opposé pendant sa campagne la bonne gestion et les résultats économiques de la région qui affiche un taux de chômage de 5,9 % (contre 9,7 % au plan national) et une croissance de 2,2 % en 2018. L’élu de gauche pourrait aussi profiter de la dynamique anti-salvinienne créée par les Sardines, mouvement de jeunesse né dans la région il y a deux mois et rapidement devenu un symbole national de la protestation contre l’extrême droite.

Division du vote anti-Salvini

Pour la première fois de son histoire, la Ligue a triomphé en Émilie-Romagne aux élections européennes de mai, devenant le premier parti régional avec près de 34 % des voix, dépassant les 31 % du PD. Cinq ans plus tôt, elle n’avait recueilli que 5 % des suffrages, contre 53 % au parti de gauche. Une victoire de la Ligue accroîtrait les tensions au sein de la majorité, le PD reprochant alors probablement au M5S d’avoir refusé de présenter un candidat unique, divisant ainsi le vote anti-Salvini.

« Si le Parti démocrate devait perdre un autre bastion régional, comme ce fut le cas en Ombrie il y a trois mois, il pourrait en conclure qu’il a plus à perdre en restant allié au M5S, toujours plus faible, qu’en risquant de nouvelles élections », a déclaré vendredi le cabinet Berenberg.