VIDEO. Afflux de touristes et population vieillissante… 2020, l’année des transports autonomes au Japon ?

SANS LES MAINS De nombreux projets de véhicules sans conducteur vont être testés cette année dans l’Archipel nippon

Mathias Cena

— 

Japon : 2020, l'année des transports autonomes ? — 20 Minutes
  • Une expérimentation a été lancée cette semaine pour se rendre des aéroports de Tokyo au centre-ville avec trois moyens de transport, dont deux autonomes, à l’aide d’une seule application.
  • De nombreux constructeurs nippons planchent sur des véhicules sans conducteur, dont beaucoup seront testés en cette année olympique.
  • La technologie est présentée comme un moyen de faire face à l’afflux massif de touristes et au déclin de la population.

De notre correspondant à Tokyo (Japon),

Le taxi s’immobilise le long du trottoir. L’homme sort son téléphone portable et scanne un QR code sur la vitre arrière du véhicule, après avoir brièvement pianoté à l’écran. La porte coulissante s’ouvre instantanément, et le cobaye s’installe à bord. Puis une simple pression sur une tablette à l’intérieur met la voiture en branle, vers sa destination préprogrammée.

Peu importe que deux opérateurs soient assis à l’avant du taxi sans conducteur. Que le « modèle » du jour, un Canadien de 35 ans – choisi pour démontrer que le système est accessible aux touristes étrangers –, peine parfois à interagir avec les différents véhicules via son application mobile. Ou qu’une intervention humaine soit nécessaire pour répéter montée et descente trois ou quatre fois, afin de permettre aux dizaines de journalistes agglutinés sur le trottoir de capturer l’instant sous tous les angles.

L’expérimentation lancée en début de semaine, et qui doit se poursuivre jusqu’au 1er février, est présentée comme une première mondiale. Mais elle est moins une démonstration technique de véhicule sans conducteur qu’un aperçu d’une solution qui se développe dans tout le Japon, présentée comme une réponse à deux défis majeurs de l’Archipel : l’afflux massif de touristes étrangers et la diminution de la main-d’œuvre liée au recul de la population.

« Une opportunité pour l’industrie du taxi »

« Pour notre industrie touchée par le manque de personnel, et alors que le nombre de touristes ne cesse d’augmenter, les taxis sans conducteur sont une opportunité », pense Kazutaka Tomita, président de la société de taxis Hinomaru. « La technologie ne permet pas encore des déplacements "porte à porte", mais l’apport des véhicules autonomes peut être significatif dans des créneaux horaires, tôt le matin ou tard le soir, où peu de taxis sont disponibles, ou sur des trajets précisément délimités. »

Un bus, des taxis autonomes et une voiturette électrique utilisés dans une expérimentation de transports sans conducteur, à Tokyo le 20 janvier 2020.
Un bus, des taxis autonomes et une voiturette électrique utilisés dans une expérimentation de transports sans conducteur, à Tokyo le 20 janvier 2020. - M.CENA / 20 MINUTES

Le système mis à l’essai pendant deux semaines relie les deux aéroports desservant Tokyo à un quartier central de la capitale japonaise, en regroupant trois moyens de transport : un bus – avec chauffeur – entre l’aéroport et un terminal à la périphérie de la ville, un taxi autonome entre ce terminal et le quartier de bureaux et de commerces Marunouchi, qui s’étend devant la gare de Tokyo, et un service de voiturettes électriques monoplace pour se mouvoir dans cette zone piétonne centrale.

Principale nouveauté de cette expérimentation : une application unique permet de chercher son trajet, le réserver, le payer, et accéder à ces différents moyens de transport. Une solution appelée Maas (« mobility as a service », parfois traduit par « mobilité servicielle ») en plein essor dans le monde, et utilisée notamment dans plusieurs agglomérations françaises.

« La difficulté est de comprendre les comportements des conducteurs »

La partie du trajet en taxi autonome avait déjà donné lieu à une expérimentation en 2018, sur une distance de 5 km, entre deux autres quartiers tokyoïtes. « Cette fois, le trajet n’est que de 3 km, mais les conditions de trafic sont plus difficiles », explique à 20 Minutes Hisashi Taniguchi, patron de ZMP, la société spécialisée dans les robots à l’origine du projet. « La difficulté est de comprendre les comportements des conducteurs, notamment aux carrefours. Nous avons collecté beaucoup de données la première fois, mais il nous en faut encore beaucoup plus. »

ZMP, qui s’est associée pour cette expérimentation à sept autres acteurs, dont la société de taxis Hinomaru, la ville de Tokyo et le ministère des Transports, fabrique aussi le véhicule électrique individuel qui assure la dernière partie du trajet. Cette voiturette baptisée Robocar Walk, destinée aux personnes âgées ou à mobilité réduite – mais aussi aux touristes ne comprenant pas le japonais, assure le constructeur –, est semblable aux fauteuils roulants électriques déjà utilisés par les personnes âgées sur les trottoirs et dans les centres commerciaux.

Environ 20.000 de ces engins sont vendus au Japon chaque année, estimait récemment Hisashi Taniguchi dans une interview au Japan Times. Mais contrairement aux appareils pilotés manuellement, exposés aux accidents et au risque de s’égarer, son Robocar Walk, dénué de volant, de frein et d’accélérateur, assure de manière entièrement automatique le transport vers une destination choisie à l’avance sur une tablette. La société espère le commercialiser dès le mois de mai.

Transports autonomes dans le village olympique et paralympique

Ce type d’expérimentations s’est multiplié au Japon ces derniers mois et devrait encore augmenter en fréquence en 2020. Les constructeurs espèrent en effet tirer parti de cette année olympique, pendant laquelle les regards du monde entier seront tournés vers l’Archipel. Le mois dernier, ZMP a aussi testé un bus électrique autonome de transport de passagers au sein de l’aéroport international du Chubu, près de Nagoya, où elle espère le faire entrer en fonction cette année. La firme entend également tester en 2020 des tracteurs à bagages sans conducteurs dans les aéroports de Narita (près de Tokyo) et d’Osaka.

Les constructeurs automobiles de l’Archipel ne sont pas en reste. Toyota assurera pendant les Jeux le transport des athlètes dans le village olympique et paralympique avec son minibus e-Palette, équipé de larges portes et de rampes d’accès électriques. Toyota doit aussi tester pendant l’été son TRI-P4, basé sur la cinquième génération de Lexus LS, dans le quartier d’Odaiba, construit sur une île artificielle dans la baie de Tokyo. D’autres constructeurs ont développé des véhicules équipés de divers niveaux d’autonomie. Comme Honda, qui pourrait lancer cet été une nouvelle version de sa berline Legend cet été, permettant au conducteur de déléguer le pilotage à l’ordinateur dans les bouchons sur l’autoroute.