Le portable de Jeff Bezos piraté par l’Arabie saoudite ? Des experts de l’ONU réclament une enquête

VIRUS Une vidéo contaminée envoyée sur le téléphone de Jeff Bezos aurait permis de récupérer un grand nombre de données, parfois très personnelles, appartenant au patron d’Amazon

20 Minutes avec AFP

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Jeff Bezos, patron d'Amazon, et le prince  saoudien Mohammed Ben Salman, le 9 novembre 2016.
Jeff Bezos, patron d'Amazon, et le prince saoudien Mohammed Ben Salman, le 9 novembre 2016. — Bandar AL-JALOUD / AFP / Saudi Royal Palace

Le téléphone du patron d’Amazon a-t-il été piraté par le prince héritier d'Arabie saoudite ? Des experts de l'ONU réclament une enquête ce mercredi alors que Riyad qualifie ces allégations d'« absurdes ».

En 2018, cette intrusion sur le téléphone de l’homme le plus riche du monde, avait conduit à la publication d’images intimes de Jeff Bezos. Le patron d’Amazon est aussi propriétaire du Washington Post, qui employait à l’époque comme chroniqueur Jamal Khashoggi, journaliste saoudien critique envers Riyad assassiné la même année au consulat saoudien à Istanbul.

Enquête « immédiate »

Dans un communiqué, Agnès Callamard, rapporteure sur les exécutions extrajudiciaires, et David Kaye, rapporteur sur la liberté d’expression, ont indiqué avoir des informations sur la « possible implication » du prince saoudien Mohammed Ben Salman dans la « surveillance » de Jeff Bezos. Le piratage présumé de son téléphone « exige une enquête immédiate de la part des autorités américaines et des autres autorités compétentes », ont ajouté ces experts, qui sont mandatés par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies mais ne s’expriment pas au nom de l’ONU.

Ils demandent que l’enquête porte notamment sur « l’implication directe et personnelle du prince héritier dans les efforts visant à cibler les opposants présumés ». Qualifiant ces allégations d'« absurdes », l’ambassade d’Arabie saoudite à Washington a elle aussi demandé une enquête « afin que toute la lumière soit faite sur ces faits ».

Un fichier vidéo aurait servi au piratage

Les deux experts de l’ONU ont eu accès aux conclusions de l’analyse technique de l’iPhone de Jeff Bezos. Effectuée en 2019, elle a révélé que l’homme d’affaires pourrait avoir été piraté le 1er mai 2018 via un fichier vidéo MP4 envoyé sur Whatsapp depuis un compte utilisé par le prince héritier saoudien. Selon les conclusions de cette analyse, le prince héritier et le patron d’Amazon avaient échangé leurs numéros de téléphone le mois précédant l’intrusion numérique.

Quelques heures après avoir reçu le fichier vidéo, une grande quantité de données ont été extraites du téléphone de Jeff Bezos, selon les experts, qui indiquent que cette extraction de données a continué de façon inaperçue pendant plusieurs mois.

Une société privée engagée pour enquêter

Jeff Bezos avait engagé la société Gavin de Becker & Associates pour découvrir comment des messages et photographies privées avaient pu parvenir au National Enquirer. La révélation par ce tabloïd d’informations sur une liaison du patron d’Amazon avait conduit à son divorce. En mars, Gavin de Becker avait déjà mis en cause les autorités saoudiennes. Mais il n’avait pas désigné précisément le responsable de ce piratage au sein du gouvernement saoudien, ni donné de détails sur ce qui lui avait permis d’arriver à cette conclusion.

Pour les rapporteurs de l’ONU, cette affaire « renforce les informations faisant état d’un programme de surveillance ciblée des personnes perçues comme étant des opposants et de celles qui revêtent une importance stratégique » aux yeux de Riyad. Ils ont d’ailleurs demandé une enquête approfondie sur les « allégations selon lesquelles le prince héritier aurait ordonné, encouragé ou, au moins, aurait eu connaissance des préparatifs » de l’opération visant à tuer Jamal Khashoggi.

En décembre, un tribunal saoudien a exonéré l’entourage de Mohammed ben Salmane de toute responsabilité dans le meurtre de Khashoggi, un verdict largement décrié comme une parodie de justice dans le monde, à l’exception de Washington. La CIA comme l’envoyée spéciale des Nations unies, Agnès Callamard, ont directement lié le prince Mohammed Ben Salman au meurtre, ce que dément avec véhémence le royaume.