Comment Barack Obama a bouleversé la carte électorale américaine

ANALYSE Au moins sept Etats ont basculé du côté démocrate...

Catherine Fournier

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Les résultats partiels de l'élection américaine le 5 novembre 2008 à 16h
Les résultats partiels de l'élection américaine le 5 novembre 2008 à 16h — IDE

Du rouge au bleu. La comparaison des cartes de 2004 et de 2008 est édifiante: avec l'élection de Barack Obama, c'est toute la géographie électorale américaine qui se trouve bouleversée.

Le sénateur de l'Illinois a fait basculer au moins sept Etats du côté démocrate, dont la très républicaine Virginie, qui n'avait pas voté bleu à une élection présidentielle depuis 1964.

Neuf Etats qui ont basculé

Si Barack Obama n'a pas failli à la tradition démocrate, remportant le nord-est, la côte ouest et les grands lacs, il a réussi le pari de faire basculer ou de garder les principaux «swing states» (Etats indécis): l'Ohio (ex-R), la Virginie (ex-R), la Floride (ex-R), le Nevada (ex-R), le Colorado (ex-R), l'Indiana (ex-R), et la Pennsylvanie (ex-D). Le cas du Missouri (ex-R) et de la Caroline du Nord (ex-R) restent encore incertains.

Si l'on ajoute l'Iowa (54% pour Obama), sept Etats ont pour l'instant ainsi basculé du côté démocrate, notamment dans le midwest (Ohio, Iowa, Indiana) et le sud-est (Floride), bastions républicains. «A partir du moment où Obama avait remporté les «Big three», les trois principaux swing states, (l'Ohio, la Pennsylvanie et la Floride, ndlr), on savait que c'était bon pour lui», déclare à 20minutes.fr l'historien spécialiste des Etats-Unis, François Durpaire, co-auteur de «L'Unité réinventée, les Présidents américains face à la Nation» (Ellipse). Depuis les années 60, tous les présidents élus en gagnent au moins deux. Ajoutez à cela la Virginie, un Etat républicain depuis Kennedy, et l'élection était pliée.

Mobilisation de la communauté noire et des jeunes

Comment expliquer ce renversement? Si le détail des résultats n'est pas encore disponible, de grandes tendances se dessinent.

La mobilisation de la communauté noire a indéniablement pesé dans l'élection. Selon le «Wall Street Journal», pas moins de 96% d'afro-américains ont voté pour Obama (contre 88% pour Kerry en 2004). La forte participation des jeunes a également joué en faveur du candidat démocrate, qui a recueilli 66% des suffrages des moins de 30 ans, indique CNN. L'envoi de textos pendant la campagne a porté ses fruits.

Barack Obama a aussi permis aux démocrates de retrouver les faveurs de l'électorat d'origine hispanique, qui a voté pour lui à 66%. Les femmes se sont également révélées «obamaniaques» en votant à 56% pour le démocrate. Autant dire que l'effet Sarah Palin, escompté par John McCain n'a pas fonctionné.

La crise a rallié «un électorat blanc de classe moyenne»

Le sénateur a également su captiver un électorat qui avait délaissé la politique et ne votait plus, 68% des primo-votants ayant opté pour lui.

Parmi ces derniers, figurent notamment «des blancs de classe moyenne», selon Frédéric Salmon, géographe des Etats-Unis. «Les électeurs blancs pro-Clinton n'ont pas fait faux-bond à Obama, note-t-il. Mais surtout, on observe que Barack Obama progresse le plus dans les zones intermédiaires et industrialisées (cf l'Indiana) à population blanche aux revenus moyens, frappée de plein fouet par la crise. Les quatre dernières semaines ont beaucoup joué dans sa victoire.» Les électeurs gagnant moins de 100.000 dollars par an ont en effet été 55% à voter pour lui.

Une stratégie du rassemblement porteuse

«La crise financière a creusé l'écart entre les deux candidats, elle n'a pas fait la victoire d'Obama», nuance François Durpaire. Selon le spécialiste, la stratégie de Barack Obama visant à rassembler les différentes communautés et sensibilités politiques pendant toute sa campagne qui s'est surtout avérée payante. Une stratégie «mise en place depuis quatre ans par le chef du parti démocrate, Howard Dean, qui a œuvré pour faire bouger les lignes de la carte électorale et aller chercher les électeurs républicains dans les Etats rouges».

Dans ce sens, Barack Obama a bien fait «de se démarquer de son pasteur et ami Wright, selon lequel une société comme l'Amérique ne peut pas changer», notamment en matière de racisme. Les élections du 4 novembre semblent lui avoir donné tort.