L'Iran et les Etats-Unis d'Obama: un dégel sous conditions

USA 2008 Avec l'élection, l'heure est aux félicitations de Téhéran et à l'apaisement. Mais le 44e président des Etats-Unis restera ferme sur le nucléaire militaire et le rôle de Moscou sera déterminant...

M.Gr. (avec agence)

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Barack Obama prend position sur l'Iran, le 4 juin 2008.
Barack Obama prend position sur l'Iran, le 4 juin 2008. — AFPTV

C’est une salve de déclarations amicales, sinon encourageantes. L'élection d’Obama est un «signe évident» de la volonté de changement politique des électeurs américains pour le ministère iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki. Une «occasion et un test pour l'Amérique et le monde», pour le député conservateur Hamid-Reza Haji-Babaie, membre du bureau de la présidence du Parlement.

Et pour Ali Aghamohammadi, proche conseiller du Guide de la révolution iranienne, l'ayatollah Ali Khamenei, «il y a moyen d'améliorer les liens entre l'Amérique et l'Iran si Obama met en oeuvre ses promesses de campagne, y compris le refus d'une confrontation avec des pays tiers, contrairement à ce que Bush a fait en Irak et en Afghanistan».

«J'adopterai une diplomatie ferme»

Attention, cependant, de ne pas avoir la mémoire courte pendant cette période d’euphorie, qui a même poussé Hugo Chavez à complimenter un président américain. Le 4 juin dernier, assuré depuis la veille d’affronter John McCain, Obama le sénateur de l'Illinois s'était engagé, devant le Comité américano-israélien des affaires publiques, à empêcher la République islamique de se doter de l'arme nucléaire.

Lors des primaires, Obama avait évoqué une possible rencontre avec Mahmoud Ahmadinejad. Vivement critiqué par McCain et la communauté juive du pays, il avait reculé, expliquant qu'il ne pourrait, une fois élu, garantir une rencontre avec son homologue iranien. Il est allé un peu plus loin le 4 juin, en posant de strictes conditions à une telle entrevue. «Il y aura des préparatifs méticuleux. Nous ouvrirons des voies de communication, nous bâtirons un ordre du jour, coopérerons étroitement avec nos alliés et nous évaluerons les chances de succès».

Avant de souligner: «Je n'ai aucun intérêt à m'asseoir avec nos adversaires s'il ne s'agit que de discuter. Mais, en tant que président des Etats-Unis, j'adopterai une diplomatie ferme et fondée sur des principes avec le dirigeant iranien compétent au moment et à l'endroit de mon choix, si et seulement si cela peut servir les intérêts des Etats-Unis».

L’entremetteur russe

Si Obama a toujours considéré l'Iran comme une menace, il souhaitait privilégier une diplomatie agressive et des sanctions salées à l'usage de la force. Il n’est prêt à aucune concession sur le nucléaire militaire, et posera des conditions drastiques. «Le danger de l'Iran est grave, il est réel et mon but sera d'éliminer cette menace. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour empêcher l'Iran d'obtenir une arme nucléaire, tout», a insisté le futur candidat démocrate.

Finalement, le rôle clé pourrait être joué par la Russie. «Moscou peut influer sur les négociations, explique Catherine Durandin, directrice de recherches à l’Iris. Si la Russie souhaite s’impliquer, des relations trilatérales sont envisageables.» Il faudra donc être patient, après ce lendemain de vote plein de bonnes intentions. Mais après plusieurs années de surplace, le dégel semble possible.

L'analyste politique Saïd Leylaz, proche des modérés, a ainsi estimé ce mercredi que l'ouverture éventuelle d'un dialogue avec Téhéran pourrait «affaiblir les radicaux en Iran. Les slogans durs et extrémistes ne trouveront plus preneurs».