Les Libanais très divisés sur Barack Obama

REACTIONS SI l'engouement mondial pour le changement a joué au pays du Cèdre, d'autres voient d'un mauvais oeil la victoire d'un démocrate noir...

De notre correspondant à Beyrouth, David Hury

— 

Des Libanaises regardent le résultat des élections américaines à l'ambassade des Etats-Unis, à Beyrouth, le 5 novembre 2008.
Des Libanaises regardent le résultat des élections américaines à l'ambassade des Etats-Unis, à Beyrouth, le 5 novembre 2008. — A. AMRO / AFP
«L’arrivée d’Obama est une très bonne chose pour nous!, se félicite Ziad, un fonctionnaire affilié à Amal, le parti pro-syrien du président du Parlement Nabih Berri. Il a promis d’établir un dialogue avec Damas, voire avec Téhéran: c’est un vrai changement.» Le pays du cèdre, polarisé autour de la majorité soutenue à bout de bras par l’administration américaine depuis l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri en 2005 et de l’opposition proche de la Syrie et de l’Iran, est totalement divisé face à l’arrivée d’Obama à la Maison Blanche.

«Les Libanais aiment “libaniser” les enjeux extérieurs, remarque Pascal Monin, professeur de relations internationales à l’université Saint-Joseph de Beyrouth. La majorité du 14 Mars craint que cette élection induise une remise en cause de la politique de fermeté vis-à-vis de la Syrie. D’autant plus que la dernière administration démocrate – de 1992 à 2000 – a été synonyme de laisser-faire américain au Liban, au profit de la Syrie. Il y aura sûrement un changement de style au Proche-Orient, mais une continuité s’imposera d’elle-même car Obama soutiendra avant tout Israël. Majorité et opposition risquent donc vite de déchanter.»

Si les opinions publiques arabes à majorité musulmane – y compris libanaise – ont adhéré à l’engouement mondial pour le candidat démocrate, certains chrétiens du Liban auraient préféré voir McCain l’emporter pour des considérations bien éloignées de la politique. Parce que le second prénom – musulman – de Barak Obama, Hussein, induit une confusion quant à sa confession, et en raison de sa couleur de peau. «Au moins, notre président n’est pas noir», s’est entendu dire Tareq, fervent partisan du nouveau président américain, à plusieurs reprises ce mercredi matin. A son grand regret, Monin constate en effet que les Libanais peuvent être parfois plus racistes que les Américains…