«McCain a vendu son âme au diable et n'a que ce qu'il mérite»

INTERVIEW Garry South, stratège démocrate, décrypte à chaud les résultats et regarde devant...

Propos recueillis par Philippe Berry

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John McCain, qui a largement axé sa campagne sur son patriotisme forgé dans les geôles nord-vietnamiennes, n'a pas su conquérir l'Amérique après huit années d'une administration républicaine rejetée mardi par les électeurs.
John McCain, qui a largement axé sa campagne sur son patriotisme forgé dans les geôles nord-vietnamiennes, n'a pas su conquérir l'Amérique après huit années d'une administration républicaine rejetée mardi par les électeurs. — Robyn Beck AFP
De notre correspondant à Los Angeles

Obama l’a donc fait. Pour le stratège démocrate Garry South, «le candidat et son équipe ont révolutionné la manière de faire campagne», même si McCain «les a bien aidés».

Qu’est-ce qu’Obama a le mieux réussi dans cette campagne?

Il a révolutionné la manière de mener une campagne moderne, en étant compétitif dans presque tous les Etats, hormis dans 7 ou 8 ultra conservateurs. Personne avant lui n’avait autant levé d’argent, en grande partie grâce à des petites donations sur Internet. Et surtout il a su utiliser les technologies modernes comme les réseaux sociaux, non pas comme une fin en soi mais comme un outil pour mobiliser/organiser des gens sur le terrain.

L’économie l’a quand même bien aidé aussi, non?

Bien sûr. Dans une telle situation et après huit ans de Bush, c’était quasiment mission impossible pour n’importe quel candidat républicain. De tous, McCain était sans doute le moins pire. Sur le vote populaire, il faudra voir l’écart définitif, qui devrait se creuser une fois tous les bulletins pris en compte. Mais sur la carte électorale, c’est une claque. Barack a réussi à l’emporter dans des Etats républicains comme la Caroline du Nord ou la Virginie. Il a même pris l’Indiana, ce qu’aucun démocrate n’avait fait depuis 1964.

Qu’est-ce que McCain aurait pu mieux faire?

Je suis de la vieille génération. J’ai beaucoup d’admiration pour McCain. Mais il n’a que ce qu’il mérite. Dans son discours acceptant sa défaite, il a été digne et rassembleur. S’il avait fait campagne en écoutant davantage ses tripes, en étant davantage lui-même, le résultat aurait pu être bien plus serré. Mais il a vendu son âme au diable pour cette campagne, en écoutant ceux qui lui murmuraient que mobiliser la partie la plus conservatrice de la base républicaine était la solution. Le choix de Sarah Palin était un coup de poker ridicule. A la fin, près de 60% pensait qu’elle n’était non seulement pas qualifiée pour être présidente, et même vice-présidente.

Elle se verrait bien tenter sa chance en 2012…

Sarah Palin est finie. Grillée. Cramée. Sur la scène nationale au moins. Elle peut retourner en Alaska. Les candidats à la vice-présidence sur un ticket perdant, on ne les revoit plus. Il n’y a guère que Bob Dole qui avait réussi à revenir, mais pour se prendre une fessée par Bill Clinton.

Quel avenir pour le parti républicain?

Ils vont avoir besoin de temps pour se remettre d’une telle gifle. Ils ont perdu un paquet de sièges au Congrès. C’est un rejet global du parti. Quand Jimmy Carter a perdu, les démocrates ont connu une traversée du désert de plus de 10 ans. Pour survivre, les républicains doivent aller davantage vers le centre, pas vers leur droite. S’inspirer de ce qu’on fait ceux de Californie, avec succès.

Et quel avenir pour Obama et les démocrates. A quoi vont ressembler ses 100 premiers jours?

Ceux qui pensent que ca va être «à gauche toute», du fait de la victoire sur tous les fronts, se trompent. Contrairement à ce qu’on essayé de faire croire les républicains, Obama est quelqu’un de très prudent. Il écoute beaucoup, et tous les avis. Pour sortir de la machine politique de Chicago, il faut être extrêmement pragmatique. Si vous y ajoutez sa formidable intelligence, il a tout pour devenir un grand président.