Une vague de bonheur déferle sur Los Angeles

REPORTAGE Ils étaient plusieurs milliers à célébrer la victoire d'Obama

Philippe Berry, à Los Angeles

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Ils étaient plusieurs milliers à faire la fête à l'Hôtel Hyatt, à Los Angeles
Ils étaient plusieurs milliers à faire la fête à l'Hôtel Hyatt, à Los Angeles — P.B.
De notre correspondant à Los Angeles


«Cinq, quatre, trois, deux, un… Barack Obama est le 44e président des Etats-Unis.» 20 heures. L’hôtel Hyatt Regency Plazza, choisi par les démocrates pour faire la fête à Los Angeles, explose. Littéralement. Des milliers de supporteurs tentent de forcer les portes, mais la sécurité veille. La salle de l’hôtel peut accueillir 3.000 personnes; plus de 15.000 avaient déjà répondu en fin d’après-midi sur le site Internet californien d’Obama.


A l’intérieur, ça hurle, ça s’embrasse, ça se tape sur le dos. Certains, comme Deanna pleure, mais «de joie», rassure-t-elle. Eddie, lui, «respire pour la première fois depuis huit ans». Il explique: «J’avais oublié ce que c’était que d’être fier d’être américain».

Sarah Palin huée

Tout le monde ou presque porte un pin’s, un t-shirt, ou une casquette aux couleurs d’Obama. «Ce soir plus que jamais, j’ai l’impression d’appartenir à quelque chose», confie Jeremy. Pendant plus de deux ans, il aidé la campagne comme volontaire. Un aboutissement? «Un commencement», corrige-t-il, avant de poursuivre: «La tâche qui attend Obama est immense. Mais c’est toujours dans les moments les plus difficiles que les plus grands leaders de l’Amérique se sont révélés.»


La salle gronde. Les ballons, qui attendent d’être lâchés, tremblent. John McCain vient d’apparaître sur l’écran géant. Mais le vieux guerrier, qui se sera battu jusqu’à l’ultime seconde, livre un discours très classe. Quelques-uns applaudissent. En revanche, Sarah Palin se fait copieusement huer.


«Yes he did»

Vient le moment que tout le monde attend. Depuis Chicago, Barack Obama s’adresse à la nation. Un discours qui reprend les grands classiques du candidat: «espoir, changement, unité».

 

 


Dans une rhétorique très churchillienne, il promet «une route longue et difficile». Mais unie, l’Amérique «en sortira plus forte». Comme Bush en 2000 (et à peu près tous les présidents au soir d’une élection), Obama jure qu’il tendra la main au camp d’en face: «Je n’ai peut-être pas eu votre vote, mais j’ai entendu votre voix»

 

Détaillant tous les challenges à relever («la planète en péril, l’économie en plein crise et des guerres à terminer»), Obama termine chaque phrase par son fameux slogan, son mantra «Yes we can» (Oui, nous pouvons), repris par la foule avec une ferveur quasi religieuse.

 

Lynne, une Afro-Américaine de 60 ans, n’arrive toujours pas à y croire. «Jamais, jamais quand j’étais petite et qu’il y avait encore tant de discriminations je ne pensais voir un jour un président noir. C’est difficile à comprendre pour quelqu’un qui n’est pas d’ici, mais du sang a coulé pour qu’un tel moment arrive. C’est historique. Yes he did. (Il l’a fait)».


C’est fini

 

Ce qui coule en ce moment, c’est plutôt de l’alcool. Champagne, cabernet ou chardonnay, les bouchons sautent, les verres s’entrechoquent. De quoi oublier la crise économique ou les craintes de tentatives d’assassinat ou la peur de déchanter? «On verra demain, pour l’instant, on savoure», répondent deux jeunes filles. Un couple s’embrasse. «J’ai envie de te faire un enfant», lui dit-il.

 

Minuit passé. Les parkings alentours se vident doucement. Après 21 mois intenses et passionnants, c’est bel et bien fini. Soulagement, nostalgie, fatigue, cabernet sauvignon, tout se mélange. A chacun sa définition du rêve américain. Conduire la fenêtre ouverte sur un Sunset Boulevard quasi désert, de nuit, appartient définitivement à la mythologie. A la radio, Michael Stipe de REM chante «It’s the end of the world as we know it» (C'est la fin du monde tel qu'on le connaît). Comme un symbole.