Le règne d'Internet sur l'élection américaine

USA2008 Plus vite, plus haut, plus fort que les autres médias et les candidats eux-mêmes...

Alice Antheaume

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 La page d'accueil du site d'Obama, arme centrale de sa stratégie
 La page d'accueil du site d'Obama, arme centrale de sa stratégie — DR

Le grand vainqueur de cette élection américaine? Il ne s’appelle pas Barack Obama mais Internet. Et pour cause, le Web a régi - au moins - trois aspects de la course à la présidentielle, analyse Arianna Huffington, la fondatrice du site Huffingtonpost.com: le recrutement des militants pour soutenir les candidats, la couverture de la campagne électorale, et le choix des électeurs au moment de voter. Selon elle, «2008 a été la première véritable élection présidentielle du XXIe siècle (...) parce que cette année, l’ordinateur portable a remplacé la télévision comme outil indispensable pour suivre la nuit électorale.»
 
Selon une étude du Pew Research Center, les Américains ont été trois fois plus nombreux qu’en 2004 à utiliser le Net pour s'informer. «Certes, la télévision reste la source principale d’informations pour 72% de la population américaine, mais ce pourcentage est en baisse par rapport à 2004 (76%), décrypte Pascal Taillandier sur le blog Mediawatch de l’Agence France Presse. Cela profite à l'Internet, qui, avec 33% (contre seulement 10% en 2004) est passé devant les journaux restés stables (29% contre 28%).»
 
Quand McCain cartonne sur Google, c'est pour son discours de défaite

Si l’on a attribué, à plusieurs reprises, une partie du succès de Barack Obama à la puissance du Web, McCain n’est pas en reste sur la toile. Ce mercredi matin, le site GoogleTrends liste, en temps réel, les cent requêtes anglophones les plus consultées de Google. «La tête du classement, contre toute attente, revient au sénateur John McCain, dont le "concession speech" (la reconnaissance de défaite) est le plus recherché. Républicains qui n'arrivent pas à y croire ou démocrates qui souhaitent jubiler?, écrit le site Fluctuat. Les chiffres ne nous diront rien de plus sur cette surprenante première place, alors que "l'acceptance speech" (le premier discours du Président élu) d'Obama n'arrive pour sa part qu’à la quatrième place».
 
Néanmoins, sur Internet, Obama n’est pas dans la même balance que McCain. Exemple sur Flickr, la plate-forme communautaire de photos: 184.442 photos taggées Obama, contre 24.708 photos taggées McCain (chiffres saisis ce mercredi matin). De même sur Youtube, on trouve 663.000 vidéos référencées sous le nom Obama, contre moitié moins pour McCain (354.000).

L'inspiration américaine

L’ampleur des contenus Web référencés sous le nom Obama est tel que plusieurs conseillers communication de Nicolas Sarkozy sont allés demander conseils, outre Atlantique, à l’équipe de campagne du nouveau président américain «pour préparer les échéances (françaises) de 2012». Selon nos informations, Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat chargé de l’Emploi, et Pierre Giacometti, ancien directeur d'institut de sondages Ipsos, font partie du voyage. L’un des objectifs: construire un réseau social pour l’UMP, comme my.barackobama.com, la communauté de plus de 2 millions d’inscrits fondée par et pour Obama.

Interrogé par 20minutes.fr, Thierry Saussez, le patron de la communication du gouvernement français, le reconnaît: «Au rayon Internet, ça fait longtemps que les Etats-Unis sont en avance sur la France. Nous pouvons faire des progrès considérables car pour l’instant, la communication gouvernementale française se limite à du texte et des photos. Il y a des indications à tirer de l’expérience d’Obama: le degré d’interactivité, le recrutement de bénévoles et le recrutement de soutiens financiers. A nous de comprendre tous les ressorts de la mobilisation américaine et de la victoire d’Obama.»