La victoire de Barack Obama «n'est pas un raz-de-marée»

INTERVIEW Yannick Mireur, spécialiste des Etats-Unis et de la politique américaine, fondateur et rédacteur en chef de la revue Politique Américaine...

Propos recueillis par Vincent Colas

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Yannick Mireur, rédacteur en chef de la revue «Politique Américaine».
Yannick Mireur, rédacteur en chef de la revue «Politique Américaine». — DR

Interview de Yannick Mireur, spécialiste des Etats-Unis et de la politique américaine, fondateur et rédacteur en chef de la revue «Politique Américaine». Blogueur pour 20minutes.fr, il analyse la victoire de Barack Obama.

Certains ont cru jusqu’à la dernière minute à une victoire à l’arraché de John McCain, mais finalement Barack Obama décroche une victoire assez tranchée. Comment l’expliquez-vous?
On peut parler d’une victoire nette, mais ce n’est pas un raz-de-marée. Sur le plan des grands électeurs, c’est un succès. Mais sur le plan national, cela représente 52% des voix. Sans la crise économique, McCain aurait eu plus de chances de l’emporter.

Peut-on quand même dire que Barack Obama aura les mains libres pour gouverner?
Le Congrès ne sera pas à sa botte. Traditionnellement, il reste indépendant du Président. Les républicains sont plus habitués à manœuvrer, Obama devra faire preuve de la même dextérité avec la majorité démocrate. Sa volonté de changement sera aussi confrontée à la rigueur budgétaire. Et s’il bénéficie d’un capital politique important, sur le plan militaire par exemple, sa marge de manœuvre sera limitée.

Que va changer son élection sur le plan international?
Au départ, il va privilégier des objectifs réalistes de coopération et la diplomatie pour rétablir la crédibilité des Etats-Unis dans le monde. Mais il n’hésitera pas à mener sa politique seule, s’il n’y a pas d’alternative. Il pourrait aussi faire usage de la force, s’il l’estime nécessaire, comme au Pakistan.
Concernant la Russie, son discours est plus prometteur que celui du ticket républicain. Il veut préserver l’Amérique d’une approche de confrontation, contrairement à McCain. D’autant plus que la Russie et les Etats-Unis se rejoignent sur des sujets tels que l’Iran. Les prémices sont positives, on verra bien ce qu’il en sera.

Quelle est sa décision la plus attendue?
La préoccupation majeure des Américains, c’est l’économie. Ces premières actions devraient concerner la fluidité du système de crédits, contenue dans le plan Paulson qu’il soutient. Il ne faut pas non plus oublier qu’il reste encore trois mois d’administration Bush. Par obligation morale et politique, ils vont le tenir au courant, mais ils décident encore.