Nuit de folie à Harlem

REPORTAGE Le quartier historique de la communauté afro-américaine a fêté hier soir la victoire d'Obama.

Gilles Bouvaist

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De notre correspondant à New York

D'abord, il y a la foule qui écoute avec recueillement, au milieu du Rockfeller center, le discours retransmis sur écran géant de Barack Obama, 44e président des Etats-Unis. Il règne un étrange calme, comme si le public avait du mal à y croire. «C'est juste ce dont on avait besoin là, maintenant», sourit un jeune, à peine 18 ans, qui s'est levé à 5 heures et demi du matin pour voter pour la première fois.

Mais plus au nord, de l'autre côté de Central Park, le long de la 125° rue, l'artère principale de Harlem, le quartier fondateur de la culture noire aux Etats-Unis, l'ambiance est à l'explosion. Sur cette rue, baptisée aussi Martin Luther King avenue, des étrangers s'étreignent et se lancent des «Obama» complices à tout bout de champ. Beaucoup d'Afro-Américains mais pas seulement.

Une fille trépigne en hurlant «Yes, yes, yes, YES !» Au croisement de l'avenue Adam Clayton Powell (premier Afro-Américain de New York à avoir été élu au Congrès), la circulation est complètements bouchée. Un jeune à l'allure hyper stylée passe en répétant dans son téléphone, l'air ahuri: «C'est dingue, c'est vraiment dingue…» .

«On l'a fait»

Vitres ouvertes, les voitures servent de hauts-parleurs pour bloc parties improvisées au coin des rues. On danse furieusement au son de la chanson de Young Jayzee «My president is black» dont les paroles ont été remixés en «Yes we can» scandées furieusement. Ça grimpe sur les cabines téléphoniques en agitant un drapeau américain et en criant «Obama».

D'origine dominicaine, Michael Polanco, 22 ans, arborant fièrement un badge «Latinos for Obama» confie: «Je pensais qu'il gagnerait, mais pas forcément avec cette marge, pas en étant portée par une voix aussi unanime du pays. Il vient de réaliser le rêve de Martin Luther King. C'est historique: on l'a fait, on y est arrivé.»

Le mot de la fin revient au chauffeur de taxi guinéen, qui avoue à ses clients: «Une journée comme ça, ça vaut cent ans.»