Royaume-Uni : Big Ben va-t-elle sonner le Brexit ?

DONG C’est LA controverse qui agite toutes les conversations à l’heure du thé

20 Minutes avec AFP

— 

L'horloge Big Ben avant le lancement des grands travaux de rénovation, en 2017.
L'horloge Big Ben avant le lancement des grands travaux de rénovation, en 2017. — Glyn KIRK / AFP

Au Royaume-Uni, une nouvelle polémique est venue remplacer l’affaire Meghan et Harry. Sans surprise, elle concerne… Le Brexit. A quelques jours de la sortie officielle de l’Union européenne, certains Britanniques demandent à faire sonner Big Ben pour marquer l’événement. Une idée qui fait grincer des dents, même dans les rangs du parti conservateur.

Réduite au silence depuis deux ans, à cause de vastes travaux de restauration, la cloche la plus célèbre du monde, ne sonne plus qu’en de très rares occasions. Et certains partisans du Brexit voulaient qu’elle marque la sortie de l’Union européenne le 31 janvier à 23 heures.

50.000 livres par coup

Trop cher, a rejeté mardi le Parlement. L’opération, vu les travaux actuels, pourrait coûter jusqu’à 500.000 livres (585.000 euros). Presque « 50.000 livres par coup », a calculé le président de la Chambre des communes, Lindsay Hoyle. Fervent partisan du Brexit, le Premier ministre Boris Johnson a refusé d’enterrer l’idée, évoquant la possibilité d’une souscription publique.

L’idée a vite reçu le soutien de donateurs conservateurs, qui se sont dits prêts à contribuer à l’effort collectif mais aussi de journaux comme le Daily Express qui a martelé en Une : « Big Ben doit retentir pour le Brexit ». Downing Street a mis fin à ce fugace espoir des « Brexiters » en révélant jeudi que le Parlement n’était en réalité pas autorisé à lancer une campagne de financement participatif.

« Vous avez perdu la boule ? »

Dans les rangs des pro-Brexit, la déception est forte. Pour le député conservateur Mark François, il est « inconcevable » que cette cloche iconique ne retentisse pas pour un si grand événement, qui met fin à près d’un demi-siècle d’un mariage souvent conflictuel.

Le gouvernement est « embarrassé par le Brexit et n’en est pas fier », a de son côté attaqué Nigel Farage, figure de la campagne en faveur de la sortie de l’Union européenne lors du référendum de 2016. Certains médias eurosceptiques ont accusé les partisans du maintien dans l’Union européenne d’avoir gonflé l’estimation des coûts pour faire sonner Big Ben, relevant que la cloche avait bien retenti pour célébrer le Nouvel an.

Loin de faire l’unanimité même au sein des partisans du Brexit, le combat engagé pour faire retentir la cloche fait grincer des dents. « Vous avez perdu la boule ? », titre une parodie virale de la Une du Daily Express, pointant du doigt ceux qui « veulent dépenser un demi-million pour faire sonner une cloche » malgré la pauvreté et en pleine crise climatique.

Chacun sa cloche

La plupart des ministres conservateurs ont d’ailleurs évité de s’exprimer sur ce sujet, Steve Barclay, en charge du Brexit, ayant déclaré qu’il « n’oserait pas » commenter. Downing Street a indiqué prévoir des événements particuliers pour marquer ce « moment historique ». Mais en privé, certains reconnaissent le danger que constituerait toute forme de triomphalisme dans un pays encore divisé par la sortie de l’Union européenne.

« Pour beaucoup de monde, ce ne sera pas un moment de joie », a averti le député du Parti national écossais Patrick Grady, dont la formation est résolument pro-européenne. Face à ce refus, le groupe eurosceptique Leave EU a demandé que toutes les églises du pays retentissent le 1er février, pour « célébrer la nouvelle indépendance du Royaume-Uni ».

Mais l’organisme représentatif des sonneurs de cloches « ne cautionne pas l’idée de [les] faire sonner pour des raisons politiques », a déclaré son porte-parole Vicki Chapman, ajoutant cependant que cela restait « à la discrétion » de chaque clocher. Face à ce énième pied-de-nez, un commentateur a proposé que chacun amène sa propre cloche lors d’un rassemblement prévu le jour J devant le Parlement.