Liban: Nouveaux rassemblements malgré la libération de dizaines de manifestants

CONTESTATION Selon les médias locaux, Hassan Diab, nommé Premier ministre en décembre, devrait annoncer aujourd’hui le nouveau gouvernement

20 Minutes avec AFP

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Des manifestants à Beyrouth, le 16 janvier 2020.
Des manifestants à Beyrouth, le 16 janvier 2020. — Bilal Hussein/AP/SIPA

La situation est toujours très tendue pour le gouvernement libanais, même si celui-ci lâche du lest. Dans un pays secoué par un mouvement de contestation inédit contre la classe politique accusée de corruption et d’incompétence, la grande majorité des manifestants arrêtés ces dernières 48 heures ont ainsi été relâchés jeudi. Mardi et mercredi, Beyrouth a été le théâtre de violences nocturnes marquées par des actes de vandalisme contre plusieurs banques.

La Banque centrale et la ministre de l’Intérieur visées

Mais ce geste ne semble pas calmer pour autant les opposants. En soirée, quelques centaines de personnes sont descendues à nouveau dans la rue, se rassemblant devant le siège du Parlement dans le centre de Beyrouth et à proximité. Des Libanais ont également manifesté devant les sièges de la Banque centrale du Liban et du ministère de l’Intérieur dans la capitale libanaise. Les protestataires ont hué la ministre de l’Intérieur démissionnaire Raya al-Hassan et dénoncé le retard pris dans la formation d’un gouvernement de technocrates, réclamé par la rue, après la démission du Premier ministre Saad Hariri fin octobre.

Dans le quartier de Hamra, des manifestants ont vandalisé en fin de soirée trois banques, brisant des vitrines et arrachant des distributeurs automatiques de billets. L’agence nationale de l’information (ANI) a même fait état d’un cocktail Molotov lancé contre l’une des banques. Les Libanais sont furieux depuis l’entrée en vigueur ces dernières semaines de restrictions draconiennes sur les retraits, imposées par les banques qui sont accusées par des protestataires de complicité avec le pouvoir.

Amnesty International dénonce la répression

« Toutes les personnes arrêtées ont été relâchées à l’exception de sept étrangers qui seront déférés » devant les autorités compétentes, a indiqué le Comité des avocats pour la défense des manifestants, qui précise que les étrangers sont six Syriens et un Egyptien. Mardi, 59 personnes soupçonnées d’actes de vandalisme et d’agressions avaient été arrêtées, selon les forces de l’ordre. « Les forces de sécurité ont brutalement battu des manifestants (…) les maltraitant verbalement et physiquement », a par ailleurs dénoncé Amnesty International. « Les agissements d’une poignée de manifestants ayant vandalisé des banques ou lancé des pierres ne justifient jamais un tel recours excessif à la force ». Mercredi soir, la Croix-Rouge libanaise a indiqué avoir soigné 84 blessés dans les deux camps après des heurts entre forces de l’ordre et manifestants.

Une dette publique de plus de 150 % du PIB

Jeudi, une réunion a eu lieu entre Saad Hariri, le gouverneur de la Banque centrale et le ministre sortant des Finances pour discuter de la crise économique et des prochaines échéances de dette. Le Liban croule sous une dette publique d’environ 90 milliards de dollars, soit plus de 150 % du PIB. De plus, la monnaie nationale a perdu de sa valeur sur le marché parallèle : 2.500 livres pour un dollar contre un taux officiel de 1.507 livres/dollar.

Après la démission de Saad Hariri, Hassan Diab a été nommé en décembre pour former un nouveau gouvernement mais les tractations traînent, au grand dam du mouvement de contestation déclenché le 17 octobre. Une nouvelle équipe ministérielle pourrait toutefois voir le jour vendredi, selon des médias locaux.