Garde à vue de Murielle Bolle annulée : Que va devenir l’enquête sur la mort du petit Grégory ?

ANALYSE La cour d’appel de Paris a annulé, ce jeudi matin, la garde à vue de Murielle Bolle datant de 1984 dans laquelle elle accusait Bernard Laroche d’avoir kidnappé Grégory Villemin

Vincent Vantighem

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Christine et Jean-Marie Villemin autour d'un portrait de leur fils Grégory.
Christine et Jean-Marie Villemin autour d'un portrait de leur fils Grégory. — Netflix
  • Le petit Grégory, 4 ans, a été retrouvé mort, les pieds et les poings liés dans les eaux de la Vologne (Vosges), le 16 octobre 1984.
  • A l’époque des faits, Murielle Bolle avait accusé Bernard Laroche, son beau-frère, d’avoir kidnappé le garçonnet, avant de se rétracter.
  • Trente-cinq ans après, la cour d’appel de Paris a décidé d’annuler la garde à vue de Murielle Bolle mais de conserver certaines de ses déclarations.

Il ne suffira sans doute pas d’ôter quelques pages de procédure pour parvenir à alléger le volumineux dossier judiciaire du petit Grégory. Près de 36 ans après la mort du garçonnet de quatre ans, découvert pieds et poings liés dans les eaux de la Vologne (Vosges), la cour d’appel de Paris a décidé, ce jeudi matin, d’annuler la garde à vue que Murielle Bolle avait subie, dans cette affaire, en novembre 1984.

Âgée de 15 ans à l’époque, celle que l’on surnommait alors « Bouboule » avait raconté aux gendarmes que le petit Grégory avait été kidnappé par son beau-frère, Bernard Laroche, avant de se rétracter trois jours plus tard. Partant du principe que la jeune fille, mineure et sans avocat, avait été placée en garde à vue en vertu de dispositions anticonstitutionnelles, la cour d’appel a donc décidé de retirer du dossier les déclarations qu’elle avait pu formuler à l’époque.

Dijon (Côte d'or), le 30 juin 1986. Murielle Bolle (à gauche) arrive au palais de justice pour être entendue.
Dijon (Côte d'or), le 30 juin 1986. Murielle Bolle (à gauche) arrive au palais de justice pour être entendue. - ERIC FEFERBERG / AFP

Murielle Bolle en a « marre » et veut qu’on « la laisse tranquille »

« Dans les faits, cela ne change pas grand-chose car la cour a maintenu les propos que Murielle Bolle avait tenus avant cette garde à vue et où elle dit scrupuleusement la même chose, confie François Saint-Pierre, l’avocat de Christine et Jean-Marie Villemin, les parents du petit Grégory. Le récit intégral de l’enlèvement du petit garçon par Bernard Laroche est donc bel et bien encore dans ce dossier. »

Cela n’est pas très grave pour Jean-Paul Teissonnière, l’avocat de Murielle Bolle. « Les quelques déclarations qui subsistent n’ont pas beaucoup d’importance car plus personne ne soutient que ce qu’elle a dit à l’époque correspond à la réalité », pense-t-il, soulignant que sa cliente en a aujourd’hui « marre » et « souhaite qu’on la laisse tranquille… »

Murielle Bolle photographée dans le jardin de sa maison à Granges-sur-Vologne (Vosges) le 21 juin 2017, avant son arrestation.
Murielle Bolle photographée dans le jardin de sa maison à Granges-sur-Vologne (Vosges) le 21 juin 2017, avant son arrestation. - PATRICK HERTZOG / AFP

Une équipe familiale mue par la jalousie ?

Ce n’est pas gagné. Si les parents du petit Grégory ont pris l’engagement de ne pas réclamer de poursuites à son encontre en raison de l’âge qu’elle avait au moment des faits, Murielle Bolle demeure une témoin clef de cette énigme criminelle.

Après une année consacrée à ces problèmes de procédure, l’enquête va désormais pouvoir reprendre. Elle est actuellement instruite par Dominique Brault, un magistrat reconnu et respecté par ses pairs, à la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Dijon (Côte d’Or). Confiée aux gendarmes de la section de recherches locale appuyés par le logiciel AnaCrim, l’enquête part du principe que le petit Grégory a été la cible d’une « équipe » issue de l’entourage familial des Villemin et mue par la jalousie.

Les gendarmes en veulent notamment pour preuves les déclarations initiales de Murielle Bolle. Celle-ci expliquait alors que Bernard Laroche était parti avec le petit Grégory « près d’une petite place » avant de revenir seul « un peu plus tard ». Sous-entendant ainsi que l’enfant a été remis à une tierce personne…

Huit traces génétiques et l’espoir d’aveux tardifs

Pour le vérifier, les enquêteurs pourraient désormais continuer à s’intéresser aux huit traces génétiques présentes sur les scellés et qui n’ont encore aujourd’hui jamais « matché » avec personne. A moins que le salut tant espéré par les parents ne vienne finalement d’aveux tardifs. « Il est possible que certaines personnes se mettent enfin à parler, veut croire François Saint-Pierre. Garder le silence dans cette affaire n’est pas très glorieux… » Mais c’est sans doute le seul moyen de maintenir la vérité au fond des eaux tumultueuses de la Vologne.