Sur son île, Jeffrey Epstein aurait continué son trafic sexuel de mineures jusqu’en 2019

JUSTICE Le financier américain a réduit des dizaines de jeunes filles âgées de 12 à 17 ans en esclaves sexuelles, selon la procureur des îles Vierges

P.B. avec AFP

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La résidence de Jeffrey Epstein sur son île de Little St. James, dans les îles Vierges.
La résidence de Jeffrey Epstein sur son île de Little St. James, dans les îles Vierges. — Miami Herald/TNS/Sipa USA/SIPA

Jeffrey Epstein était inscrit sur le registre des délinquants sexuels depuis une condamnation en 2008. Ça ne l’aurait pas empêché de continuer son exploitation sexuelle de dizaines – et potentiellement de centaines – de mineures, jusqu’en 2019, accuse la procureure des îles Vierges. Denise George a saisi la justice américaine, mercredi, pour demander la saisie des biens du financier qui s’est suicidé dans sa cellule l’été dernier.

En 49 pages, la procureure décrit un trafic sexuel d’une ampleur bien plus vaste que ce qui avait été révélé jusqu’à présent. Selon Denise George, le financier avait organisé un « vaste réseau de traite d’êtres humains et d’abus sexuels de jeunes femmes ici, aux îles Vierges ». Pour cacher ses activités, Epstein aurait utilisé un montage complexe impliquant une série de sociétés écrans et de fondations, notamment pour transporter des jeunes filles par hélicoptère ou bateau sans éveiller les soupçons depuis l’aéroport principal des îles Vierges, situés à St. Thomas.

Des complices accusés d’avoir participé aux abus

Entre 2001 et 2019, Jeffrey Epstein aurait ainsi acheminé des jeunes filles sur son île privée de Little St James à « plusieurs dizaines de reprises », selon des manifestes de vol. Les plus jeunes seraient âgées de 12 ans, a précisé la procureure. Selon elle, Epstein et plusieurs complices, dont l’identité n’a pas été précisée, ont « trafiqué, violé, agressé sexuellement et retenu captives des mineures sur son île ». Certains complices sont accusés d’avoir participé aux abus.

Cette association de malfaiteurs, que la procureure appelle l'« Epstein Enterprise », aurait fait miroiter aux victimes présumées, pour l’essentiel âgées de 12 à 17 ans, des opportunités de carrière, notamment dans le mannequinat, sans le moindre fondement. Selon le New York Times, il pourrait au total y avoir des centaines de victimes potentielles, venant notamment d’Amérique du Sud. Certaines jeunes femmes auraient voyagé avec des visas frauduleux pour passer les frontières.

Une adolescente a tenté de s’enfuir à la nage

Une adolescente de 15 ans aurait tenté de s’échapper à la nage. Plusieurs victimes auraient tenté d’une manière ou d’une autre de s’enfuir avant d’être reprises et séquestrées par l’équipe de Jeffrey Epstein, notamment via des passeports confisqués et des menaces de violence.

Denise George a indiqué avoir ordonné une enquête sur Jeffrey Epstein peu après sa prise de fonctions, en mai 2019. La procureure demande la saisie de tous les biens ayant pu servir, dans son « entreprise criminelle », à cet homme dont la fortune personnelle, aux origines mystérieuses, atteindrait plus de 500 millions de dollars.

Parallèlement, plusieurs enquêtes sont en cours pour tenter d’établir d’éventuelles complicités. La justice américaine s’intéresse notamment à l’ancienne compagne de Jeffrey Epstein, Ghislaine Maxwell, accusée par plusieurs victimes présumées d’avoir joué un rôle déterminant dans l’organisation du réseau présumé d’exploitation de mineures. Plusieurs victimes ont également accusé l’agent français Jean-Luc Brunel d’avoir recruté des jeunes filles via son agence de mannequins MC2. Egalement visé par des accusations en France, ce dernier a, par la voix de son avocat, démenti en bloc.