Haïti n’a plus de parlement depuis que le mandat de ses députés est arrivé à son terme

CRISE POLITIQUE La société civile craint que la situation ne se dirige vers « une dérive dictatoriale »

20 Minutes avec agences

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Un sympathisant du président au pouvoir, Jovenel Moïse, tient un drapeau haïtien
Un sympathisant du président au pouvoir, Jovenel Moïse, tient un drapeau haïtien — HECTOR RETAMAL AFP

Le mandat de la quasi-totalité des parlementaireshaïtiens, qui n’avaient pas pu s’entendre sur les modalités de nouvelles élections en novembre, est arrivé à terme, ce lundi. Le président haïtien Jovenel Moïse a constaté officiellement dans la foulée la caducité du parlement.

« Au niveau de l’exécutif, nous n’avons aucune velléité à ne pas organiser les élections dans le pays mais nous sommes dans une situation de fait », a déclaré ce lundi Jovenel Moïse, dont le pays est plongé dans une grave crise depuis des mois. Les élections législatives et municipales qui auraient dû se tenir en novembre n’ont pas eu lieu car la loi-cadre pour l’organisation des scrutins n’a pas été approuvée par le parlement, où la majorité était pourtant acquise à Jovenel Moïse.

Une gouvernance par décret ?

Si le nombre de sénateurs encore en poste aujourd’hui fait débat sur la scène politique haïtienne, le mandat de la totalité des députés est comme prévu arrivé à terme, ce lundi. Cette situation confère au président la possibilité de gouverner par décret, ce que l’opposition et une majorité de secteurs de la société civile dénoncent à l’avance en évoquant « une dérive dictatoriale ».

Durant l’année 2019, ces opposants n’ont cessé de réclamer la démission de Jovenel Moïse en raison de son implication dans un scandale de corruption. Entre septembre et décembre, cette contestation a même entraîné la paralysie totale des activités à travers le pays, au point que les écoles sont restées fermées pendant plus de deux mois.

Un contexte économique catastrophique

Ce lundi, le président a annoncé vouloir profiter de l’absence de pouvoir législatif pour opérer des réaffectations budgétaires. En précisant la somme à la gourde près (la monnaie nationale), le président haïtien a estimé que le départ des parlementaires constituait une économie budgétaire de plus de 16,3 millions de dollars américains. « J’ai pris la décision, en voyant ce montant ce matin, (…) que soient construits dix lycées dans le pays avec cet argent », a déclaré Jovenel Moïse aux journalistes, qui n’ont pas eu la possibilité de poser de questions.

Cette proposition présidentielle intervient dans un contexte économique catastrophique. Les parlementaires n’ayant pas approuvé de budget au cours des deux dernières années, l’Etat haïtien fonctionne actuellement sur reconduction du budget 2017-2018.

Mais selon le FMI, le pays connaissait en 2017 un taux de croissance de 1,5 % et une inflation à 14,7 %. Aujourd’hui, l’inflation a dépassé les 20 % et l’économie est entrée en récession avec une réduction du PIB national de 1,2 % pour l’année 2019.