Eurogroupe: Juncker rappelle les fondamentaux à Sarkozy

UNION EUROPEENNE Le Premier ministre Luxembourgeois, qui préside l'Eurogroupe, voit, à la rigueur, quelqu'un à la tête de la zone euro: lui-même...

M. Gr. (avec agence)

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Le chef de l'Etat français Nicolas Sarkozy a déclenché une polémique avec ses partenaires en Europe en épinglant l'action de la BCE, en pleines turbulences financières, et en s'en prenant sans ménagement au président de l'Eurogroupe.
Le chef de l'Etat français Nicolas Sarkozy a déclenché une polémique avec ses partenaires en Europe en épinglant l'action de la BCE, en pleines turbulences financières, et en s'en prenant sans ménagement au président de l'Eurogroupe. — John Thys AFP

En ce moment, les Français l'agacent au plus haut point. Après sa prise de bec avec David Pujadas sur la question des paradis fiscaux, Juncker vient cette fois de recadrer Nicolas Sarkozy, ce qu'il n'avait plus fait depuis le printemps. Il a rejeté les prétentions supposées du chef de l'Etat à la présidence de la zone euro.

Au cas où l'Eurogroupe deviendrait un sommet régulier des chefs d'Etat et de gouvernement, Juncker a clairement fait savoir qu'il était lui-même le candidat «naturel» pour ce poste. Vu qu'il préside déjà cette réunion au niveau des grands argentiers. Logique.

Et ironique en plus, ce bon Premier ministre luxembourgeois: à un journaliste qui lui demandait si le Sarkozy deviendrait le «chef» de la zone euro, il a rétorqué qu'«un Premier ministre n'a pas de chef, ni chez lui, ni à l'étranger. Il a simplement besoin d'un bon ministre des Finances, et en ce qui me concerne, c'est le cas». Rappelons que Juncker est aussi ministre des Finances de son pays... Et il convient aisèment qu'il possède «tout le savoir nécessaire» pour présider l'Eurogroupe, quel qu'en soit le format.

«Pas de structure permanente»


En parlant du format, il a justement réfuté l'idée même de convoquer régulièrement des sommets de l'Eurogroupe, et ainsi un possible gouvernement économique européen qui est la dernière marotte de Sarkozy. «Il n'y aura pas de structure permanente», a séchement clamé Juncker, pour qui de tels sommets ne sont nécessaires qu'en de circonstances exceptionnelles.

En pleine crise financière, Nicolas Sarkozy avait convoqué à Paris, le 12 octobre dernier, le premier sommet de l'Eurogroupe. Les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro avaient alors coordonné le soutien du secteur bancaire, avec un plan de sauvetage de près de 2.000 milliards d'euros.

Mais cette première doit en rester une, ou être répétée seulement de manière exceptionnelle pour le chef de file des ministres de la zone euro: Juncker a jugé «peu utile» d'«institutionnaliser» ce type de sommet de crise.

Chaque année?


Jusqu'ici, seuls les ministres des Finances de la zone se réunissent de manière régulière, chaque mois.

Nicolas Sarkozy, lui, espère renouvelé l'expérience. «On ne pourra pas passer les huit prochaines années sans se réunir à nouveau» au plus haut niveau, avait-il dit, estimant que l'idée d'organiser une telle rencontre pourquoi pas chaque année, devait être examinée.

Réparties cinglantes

Après le rugueux tacle allemand sur son activisme jugé désordonné pendant la crise, voilà que c'est Juncker qui (re)monte au créneau contre Sarkozy. Et question réparties cinglantes, le Premier ministre Luxembourgeois a de la réserve.

En mai, Juncker regrettait que Sarkozy n'ait pas encore demandé un siège unique pour les pays de la zone euro au FMI, un des objectifs du Luxembourgeois. La pique était joliment et amèrement tournée: «Le président Sarkozy, pendant sa campagne électorale, avait dit qu'il faudrait une représentation unique au FMI. Il a encore quatre années […] pour revenir sur ce point. Je l'encourage vivement à le faire rapidement».