La Californie déchirée sur le mariage gay

USA 2008 Parallèlement à la présidentielle, un référendum local propose de le rendre illégal en redéfinissant...

Philippe Berry, à Los Angeles

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Une boîte aux lettres à West Hollywood, en soutien au mariage gay
Une boîte aux lettres à West Hollywood, en soutien au mariage gay — P.B.
De notre correspondant à Los Angeles


Obama ou McCain, pas vraiment de suspense en Californie. Le démocrate devrait s’imposer avec plus de 20 points d’avance. Mais parallèlement à la présidentielle, les Américains se prononcent sur un paquet de lois locales le 4 novembre. En Californie, il y a notamment la fameuse «proposition eight», qui veut redéfinir le mariage comme «l’union entre un homme et une femme». Si cet amendement était adopté, il signifierait la fin du mariage gay reconnu depuis mai dernier dans l’Etat. «Yes or No on Prop 8», la bataille fait rage.

 

Au coude-à-coude dans les sondages

 

«No on prop 8!» Autocollants sur les voitures ou les boîtes aux lettres, pancartes dans les jardins… A West Hollywood, qui compte l’une des plus importantes communautés homosexuelles de Californie, les habitants sont mobilisés comme jamais. «Si la proposition passe, ce ne serait pas seulement un retour à la case départ, mais un pas en arrière: nous serions désormais discriminés dans la constitution», s’énerve Jerry, qui vit avec son partenaire et envisage bien de se marier «un jour».

On peut sentir de l’inquiétude dans sa voix. Et pour cause: alors que le non comptait une quinzaine de points d’avance, c’est désormais au couteau avec le oui. «On veut juste l’égalité pour tous, est-ce trop demander?», soupire Grace, sous sa perruque de Sarah Palin, lors de la parade d’Halloween, vendredi dernier. Une égalité que seuls deux autres Etats (le Massachussetts et le Connecticut) offre aux Etats-Unis (voir carte).

 

Bataille de communication

 

A la radio, à la télé, ou sur YouTube, les ondes sont envahies par des spots pour ou contre la proposition 8. Même les animaux s’en mêlent. «L’école devra parler du mariage gay à vos enfants», menace le oui. «Faux archi faux», réplique le Super intendant.

 

Au total, les deux camps ont dépensé plus de 70 millions de dollars (50 millions d’euros). Après la reconnaissance du mariage pour les couples du même sexe par la Cour suprême de Californie en mai dernier, le camp du oui a obtenu sa première victoire en recueillant suffisamment de signatures (plus d’un million alors que 600.000 suffisaient) pour soumettre la proposition 8 à un référendum. Dans la foulée, l’Eglise mormone en a fait sa bataille et y a infusé près de 20 millions de dollars.

 

Krissy, membre de l’Eglise de Jésus Christ des saint des derniers jours, a 18 ans. Elle a passé son samedi au téléphone, tentant de gagner des voix pour le oui. «Le mariage est un sacrement devant Dieu, uniquement entre un homme et une femme», explique-t-elle.

 

Dans le camp du non, le blogueur (gay) Andrew Sullivan appelle Obama à se prononcer clairement. Tout comme Arnold Schwarzenegger, le candidat s’est fait des plus discrets sur la question. D’un côté, il a plusieurs fois répété son opposition au mariage gay, soutenant «des unions civiles donnant les mêmes droits». De l’autre, il a qualifié la proposition 8 «d’injuste et discriminante».

 

Pour certains enfin, c’est un déchirement personnel. Jerry Sanders, le maire républicain de San Diego, opposé au mariage gay il y a deux ans, a changé d’avis. Il s’en est expliqué il y a quelques jours lors d’une conférence de presse, au bord des larmes.

 

 

«J’ai écouté mon cœur. Ma fille et plusieurs membres de mon staff appartiennent à la communauté gay. Je ne pourrais pas les regarder dans les yeux et leur dire que leur amour a moins de signification aux yeux de la loi que celui que je partage avec ma femme.»

 

Une chose est sûre: si le oui l’emporte, les 16.000 couples déjà mariés depuis mai vont se retrouver au cœur d’un imbroglio juridique.