Barack Obama, premier président noir des Etats-Unis

PORTRAIT Après huit années d'administration Bush, le démocrate ouvre une nouvelle page de l'histoire des Etats-Unis...

Maud Descamps et Clémence Lemaistre

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Devant quelque 90.000 personnes réunies tard lundi soir à Manassas (Virginie, est), M. Obama a encouragé ses partisans à ne pas "ralentir, s'asseoir ou s'arrêter, même pour une heure, même pour une seconde" avant la fin du scrutin.
Devant quelque 90.000 personnes réunies tard lundi soir à Manassas (Virginie, est), M. Obama a encouragé ses partisans à ne pas "ralentir, s'asseoir ou s'arrêter, même pour une heure, même pour une seconde" avant la fin du scrutin. — Paul J. Richards AFP

La victoire de l’espoir. Après avoir martelé pendant des mois à travers les Etats-Unis, dans des stades bondés de villes industrielles, sur des tarmacs d'aéroport à la campagne, sur les ondes, à la télé et sur l'Internet «Change we can believe in» (Le changement auquel nous pouvons croire), le démocrate Barack Obama a été élu 44e président des Etats-Unis.

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Tout juste 150 ans après l'abolition de l'esclavage, le sénateur de l'Illinois devient à 47 ans le premier noir à prendre la tête de la Maison Blanche, succédant à George W. Bush et mettant fin à huit ans de règne républicain. Une victoire annoncée, certes, mais sur laquelle planait le doute jusqu'au dernier moment. Un succès historique.




Une enfance entre Hawaï et l'Indonésie

A part lui, qui eut cru, il y a encore un an, qu'un métis, avec pour seule expérience politique d'envergure deux ans au Sénat américain puisse accéder à la présidence des Etats-Unis?

Barack Obama est le fils d'un noir du Kenya et d'une blanche du Kansas, né à Honolulu, Hawaï, le 4 août 1961. Il a passé les vingt premières années de sa vie en dehors de la métropole et n'a presque pas connu son père. Un parcours atypique. Ses parents divorcent alors qu'il est encore enfant. Il suit alors sa mère à Jakarta en Indonésie où il fréquente des écoles catholiques et musulmanes. Ce qui lui vaut, en plus de son deuxième prénom Hussein, d'être traité de terroriste islamiste par ses détracteurs.

Obama revient à Hawaï en 1971, auprès de sa grand-mère qui l'élève en partie, et y reste jusqu'en 1979, année de son départ pour l'université. Après un passage par Columbia à New York, il passe trois ans à Chicago où il s'implique dans le soutien aux communautés pauvres de la ville avant d'intégrer la prestigieuse université de Harvard pour y étudier le droit. Son diplôme en poche, il retourne en 1992 à Chicago en compagnie de son épouse, Michelle, qui donnera naissance à leurs deux filles, Malia, 10 ans et Sasha 7 ans. Il a alors un peu plus de 30 ans et n'a pas encore goûté à la politique.

Un président sans grande expérience

Ce n'est qu'en 1996 que sa carrière politique débute réellement, lorsqu'il est élu au Sénat local de l'Illinois. Le démocrate connaît son seul échec électoral en 2000, alors qu'il se présente aux primaires démocrates pour être candidat à la Chambre des Représentants, il est battu par Bobby Rush. Loin d'être découragé, il se fait élire en 2004 sénateur de l'Illinois au Sénat fédéral à Washgtinon DC et acquiert une véritable stature nationale. John Kerry l'invite à prononcer le discours d'inauguration de la Convention nationale Démocrate la même année. Son charisme marquera les esprits.
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Malgré son peu d'expérience, Barack Obama acquiert au fil des ans une analyse aiguisée «sur les questions de politique intérieure aussi bien en matière économique que de sécurité mais aussi en matière de politique étrangère», souligne Roger Perschino dans «Les élections présidentielles aux Etats-Unis».

Le président d'une Amérique

Elevé loin de la métropole, le noir Obama (aux Etats-Unis, toute personne métis est considérée «de couleur») n'a pas connu le sort réservé aux afro-américains dans son enfance. Même si sa grand-mère avoue avoir peur des noirs qu'elle croise dans la rue.
Il est donc parvenu à dépasser la question raciale. En témoigne son discours sur le sujet en mars à Philadelphie: «Il n'y a pas une Amérique noire, ou une Amérique blanche, une Amérique latino, une Amérique asiatique, mais les Etats-Unis d'Amérique», avait déclaré le candidat. «Barack Obama est vu en partie comme l'homme blanc au visage noir dans notre communauté», soulignait la sénatrice démocrate Donne Trotter en 2007. Une dualité qui l'accompagne depuis toujours.

Noir, pourtant, il l'est. Comme il le raconte dans son autobiographie écrite en 1995, «Dreams of my father» (les rêves de mon père): il est encore jeune quand il lit dans le magazine «Life» l'histoire d'un homme noir ayant changé de couleur de peau. «La lecture de cet article a été pour moi une attaque en forme d'embuscade, écrit-il. (...) Il y avait un ennemi caché quelque part, un ennemi qui pouvait m'atteindre sans que personne le sache, pas même moi.» (...) «J'étais le même que d'habitude. Est-ce que j'avais quelque chose d'anormal?» (...) «Mon regard sur le monde avait été profondément changé.»

Un scrutin atypique et historique

Pour faire de cette élection un scrutin historique, Barack Obama a donc su rallier les afro-Américains à sa cause, et aussi faire s'inscrire des millions de jeunes sur les listes électorales afin qu'ils votent pour lui. Il a également su convaincre une partie de l'électorat républicain traditionnel, victime de la crise économique, «qu'avec [son] programme fiscal, [ils ne paieraient] pas un centime d'impôts en plus». Pourtant, avec son diplôme de Harvard, il représente, a priori, ces élites que haïssent les Américains du middle-West.

Il n'empêche. L'ex-travailleur social de Chicago, l'avocat spécialisé dans les causes sociales, a su redonner l'espoir à ces Américains moyens, et rassurer les indécis. «C'est notre chance de changer le monde», leur a-t-il dit pendant des mois. Se plaçant, dès juillet 2004, au-dessus des clivages partisans. «Il n'y a pas une Amérique libérale, et une Amérique conservatrice. Il y a les Etats-Unis d'Amérique», avait-t-il lancé lors d'un grand discours intitulé «L'audace d'espérer». Depuis, il a fait un parcours quasiment sans faute.

Une campagne sans drame, facilitée par un trésor de guerre de 639 millions de dollars, une somme jamais égalée. Avec un usage immodéré d'Internet et des réseaux sociaux, Barack Obama a également su convaincre les électeurs qu'après huit ans de présidence Bush, il incarnait le changement. Et que lui seul pouvait remettre l'Amérique, mais aussi le reste du monde, sur les rails. «C'est notre chance de changer le monde», a-t-il martelé pendant des mois. Un vaste programme, et tant d'attentes. Il prendra officiellement ses fonctions le 20 janvier 2009.