Crash : L’Iran reconnaît finalement avoir abattu l’avion ukrainien par « erreur »

VOLTE-FACE Le président iranien Hassan Rohani regrette « profondément » cette « grande tragédie »

20 Minutes avec AFP

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Les débris de l'avion ukrainien, le 8 janvier 2020 près de Téhéran.
Les débris de l'avion ukrainien, le 8 janvier 2020 près de Téhéran. — Ebrahim Noroozi/AP/SIPA

Spectaculaire volte-face, trois jours après le crash de l’avion d’Ukrainian Airlines : l’Iran a présenté ses excuses ce samedi pour avoir abattu le Boeing 737 par « erreur », tout en pointant la responsabilité de l'« aventurisme américain » dans ce drame.

L’Iran regrette « profondément » ce crash, « une grande tragédie et une erreur impardonnable », a déclaré le président iranien Hassan Rohani. « L’enquête interne des forces armées a conclu que de manière regrettable des missiles lancés par erreur ont provoqué l’écrasement de l’avion ukrainien et la mort de 176 innocents », a-t-il rapporté.

Le président iranien a « a assuré que toutes les personnes impliquées dans la catastrophe aérienne seront traduites en justice », lors d’un entretien téléphonique avec le chef de l’Etat ukrainien Volodymyr Zelensky, selon le service de presse de ce dernier.

Un commandant de la branche aérospatiale des Gardiens de la Révolution iraniens a déclaré endosser la « responsabilité totale » du drame du Boeing 737 ukrainien abattu mercredi près de Téhéran par les forces armées iraniennes. « J’endosse la responsabilité totale » de cette catastrophe, a dit le général de brigade Amirali Hajizadeh, dans une déclaration télévisée. « J’aurais préféré mourir plutôt que d’assister à un tel accident », a-t-il ajouté.

Pour l’Iran, les Etats-Unis sont aussi responsables

Plus tôt, le ministre des Affaires étrangères iranien avait déjà exprimé « regrets, excuses et condoléances », tout en soulignant que Washington n’était pas étranger à ce drame. Une « erreur humaine en des temps de crise causée par l’aventurisme américain a mené au désastre », a tweeté Mohammad Javad Zarif.

Le premier aveu avait été formulé par les forces armées iraniennes, parlant d’une « erreur humaine », et expliquant que l’appareil a été pris pour un « avion hostile ». « Le responsable » de cette erreur va être traduit « immédiatement » en justice, a ensuite précisé l’état-major. « Dans une situation de crise et sensible, le vol 752 d’Ukrainian a décollé de l’aéroport Imam Khomeiny [de Téhéran], et au moment de tourner, [a semblé se rapprocher] d’un centre militaire sensible » des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique, indique le communiqué de l’état-major. « Dans ces conditions », et à la suite d’une « erreur humaine, et de manière non intentionnelle, l’avion [a été] touché », ajoutent les forces armées.

Un « premier pas important »

La chancelière allemande Angela Merkel a salué les aveux iraniens, et appelé à une enquête exhaustive sur la catastrophe. « C’est bien que les responsables soient désormais connus et je crois que tout doit être fait, en commun avec les nations dont les citoyens (sont morts), pour trouver des solutions, élucider (les choses) de manière exhaustive et discuter des conséquences. Aujourd’hui un pas important a été fait », a-t-elle dit depuis Moscou.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a pour sa part qualifié cet aveu de « premier pas important ». « Nous avons maintenant besoin d’une enquête internationale complète, transparente et indépendante et du rapatriement de ceux qui sont morts », a ajouté le dirigeant conservateur dans un communiqué, précisant que « le Royaume-Uni travaillera en étroite collaboration avec le Canada, l’Ukraine et nos autres partenaires internationaux à cette fin ».

« Cet accident tragique ne fait que renforcer l’importance d’une désescalade des tensions dans la région », a insisté Boris Johnson, appelant « tous les dirigeants » à poursuivre « sur la voie diplomatique ». « Nous ferons tout notre possible pour soutenir les familles des quatre victimes britanniques et nous assurer qu’elles obtiennent les réponses qu’elles méritent et qu’elles puissent tourner la page », a-t-il encore dit.

La Russie calme le jeu

Le changement de pied est spectaculaire car Téhéran avait jusqu’alors catégoriquement nié la thèse, privilégiée par plusieurs pays, notamment le Canada, selon laquelle l’avion ukrainien aurait été touché par un missile. Une vidéo d’une vingtaine de secondes, qui montrerait le moment où un missile frappe l’appareil, a été largement diffusée sur les réseaux sociaux. On peut y voir un objet lumineux grimpant rapidement vers le ciel et frappant ce qui semble être un avion.

Un haut responsable russe a appelé Téhéran à tirer les leçons de son erreur. « Si le déchiffrage des boîtes noires et les travaux de l’enquête ne prouvent pas que l’armée iranienne a fait cela intentionnellement et qu’il n’y a pas de raisons logiques à cela, l’incident doit être clos. Avec l’espoir que les leçons seront tirées et des mesures prises par toutes les parties », a déclaré le président de la commission des Affaires étrangères du Parlement, Konstantin Kossatchev.

Entretien prévu entre les présients ukrainien et iranien

Le président ukrainien et son homologue iranien vont s’entretenir samedi après-midi. Volodymyr Zelensky aura « un entretien téléphonique avec le président de la République islamique d’Iran Hassan Rohani à 17h00, après quoi il « s’adressera au peuple ukrainien », a indiqué la présidence ukrainienne dans un communiqué.

Elle a aussi jugé que Téhéran semblait vouloir mener une enquête « prompte et objective ». « Nos spécialistes en Iran ont eu accès à toutes les photos et vidéos et aux autres informations nécessaires pour analyser les processus en cours à Téhéran », a-t-elle assuré.

Plus tôt dans la journée, Volodymyr Zelensky a exigé la punition des coupables et le versement de compensations de la part de l’Iran. Les victimes sont essentiellement des Irano-Canadiens, mais aussi des Afghans, des Britanniques et des Suédois ainsi que onze Ukrainiens dont neuf membres d’équipage.