Le candidat républicain John McCain, à la traîne dans les sondages, a sorti ses griffes mercredi soir à l'occasion du dernier débat télévisé l'opposant à son adversaire démocrate Barack Obama, se faisant l'avocat de "Joe le plombier", victime innocente de la crise économique.
Le candidat républicain John McCain, à la traîne dans les sondages, a sorti ses griffes mercredi soir à l'occasion du dernier débat télévisé l'opposant à son adversaire démocrate Barack Obama, se faisant l'avocat de "Joe le plombier", victime innocente de la crise économique. — Paul J. Richards AFP

USA 2008

Pourquoi l'élection présidentielle américaine 2008 est historique

Premier candidat noir, participation record attendue, Obama et son trésor de guerre…

De notre correspondant à Los Angeles

Tous les experts s’accordent sur une chose: cette année l'élection présidentielle américaine est historique. On vous explique pourquoi.


Des candidats pas comme les autres
Ce n’était plus arrivé depuis 1928: aucun sortant (président ou vice-président) n’est candidat. D’un côté, John McCain, le héros de guerre, vétéran du Sénat. S’il est élu, il sera, à 72 ans, le plus vieux président pour un premier mandat. De l’autre, Barack Obama, inconnu du grand public jusqu’à son discours à la convention démocrate en juillet 2004, puis son plébiscite comme sénateur de l’Illinois six mois plus tard. S’il gagne, il deviendra le premier président noir, 150 ans après l’abolition de l’esclavage. Du côté des vice-présidents, Sarah Palin entrerait aussi dans l’histoire, mais uniquement si McCain l’emporte: en 1984, il y avait déjà une femme, la démocrate Géraldine Ferraro, sur le ticket de Walter Mondale, dans la débâcle face à Ronald Reagan. Jamais personne avant Palin, n’avait autant divisé, ni autant inspiré de parodies.


Participation record en vue
Quelque 153 millions de personnes sont appelées aux urnes. En général, la participation des présidentielles américaines tourne autour de 50%. Il faut remonter à 1968 et Nixon pour dépasser les 60%. Une barre qui pourrait être largement franchie cette année. Samuel Popkin, un expert qui commente les sondages pour «The Economist» se mouille même pour 20minutes.fr et prédit «la plus forte participation depuis 100 ans».

D’abord car les primaires, notamment démocrates, ont vu les électeurs voter comme jamais. Ensuite car les inscriptions électorales sont en nette hausse (avec les traditionnelles accusions de fraude). Enfin, des minorités qui votent traditionnellement peu (Noirs, Latinos, jeunes) devraient cette fois-ci se mobiliser en masse. Des tendances en partie confirmées avec le vote anticipé (qui pourrait représenter un tiers du vote total) et ses files d’attente qui n’en finissent pas.


Des minorités qui pèsent lourd
En 50 ans, le pourcentage de la population latino a triplé. Rien que depuis 2000, il y a 10 millions d’Hispaniques en plus. C’est aujourd’hui la première minorité aux Etats-Unis (plus de 15%). Floride, Nouveau-Mexique, Arizona, Nevada… Le vote latino y fera la différence. Et les candidats l’ont bien compris: Obama comme McCain ont multiplié les pubs en espagnol, Obama allant même jusqu’à diffuser son infomercial de 30 minutes dans une version doublée sur la chaîne Univision.

La population noire n’a pas autant augmenté mais pèse malgré tout 13%. Surtout, elle devrait voter à plus de 90% pour Barack Obama. Et si les Afro-Américains se rendent massivement aux urnes, le démocrate pourrait bien remporter des Etats traditionnellement républicains comme la Virginie ou la Caroline du nord.


L’élection le plus chère de l’histoire
Deux milliards de dollars, c’est le montant cumulé de l’argent levé par tous les candidats (primaires y compris). A ce petit jeu, le roi s’appelle Barack Obama. En extrapolant les derniers chiffres connus, il devrait avoir accumulé à lui seul près de 700 millions de dollars dont 500 juste pour le dernier round. Un trésor de guerre constitué presque exclusivement avec des donations individuelles, pour plus de la moitié inférieures à 200$ (sur le maximum autorisé de 2.300$). Quelques coups d’éclats aussi, comme les 10 millions levés en une seule soirée à Hollywood.

En face, McCain a opté pour le financement public, qui le limitait à 84 millions de dollars pour la dernière ligne droite. Obama avait donné son accord de principe pour faire pareil avant de réaliser un beau flip-flop (officiellement jugeant le système public «cassé», officieusement car il n’avait sans doute pas anticipé la puissance de son armée de petits donateurs). John McCain a cependant pu compter sur l’aide financière du parti républicain et a disposé d’environ deux tiers des ressources d’Obama


Des pubs toujours aussi négatives qu’avant
Obama et McCain avaient promis une campagne digne et respectueuse. Il faudra repasser. Côté McCain, on a surtout joué la carte «Pouvez-vous faire confiance à quelqu’un qui fricote avec des anciens terroristes comme William Ayers», et touché le fond avec cette pub (complètement sortie du contexte): «Le seul accomplissement d’Obama pour l’école? Une loi pour enseigner la sexualité à vos enfants en maternelle». Côté Obama, il y a eu plusieurs spots pour expliquer sans grande finesse que McCain était vieux et dépassé. Globalement, avantage au démocrate dans la perception du public: deux tiers des Américains trouvent que McCain passait son temps à attaquer Obama contre un tiers pour l’inverse. Obama, qui a en revanche fini sur un message positif, avec l’achat du plus grand mégaphone de l’histoire de la politique: une infomercial de 30 minutes diffusée en prime time sur trois des plus grandes chaînes américaines. Coût estimé: 5 millions de dollars. Il avait les moyens. Pas McCain.



L’avènement d’Internet comme outil politique
Depuis quelques années, les experts essaient de déterminer l’impact des blogs et de YouTube sur le vote. Sans grand succès. Une chose est sûre: Obama a su utiliser Internet comme personne avant lui. Principalement pour lever de l’argent en deux clics, avec une réactivité inégalée, où la moindre attaque de McCain ou Palin était suivie d’un mail ou d’un SMS aux supporters appelant à donner 5, 10 ou 20 dollars. Et si Sarah Palin raillait l’expérience de «community organizer» d’Obama, l’équipe du démocrate a exploité au mieux le Net pour piloter les milliers de volontaires sur le terrain (via un site Internet bien foutu et quelques gadgets plus anecdotiques comme une application iPhone). Tracy Russo, conseillère Internet de John Edwards nous l’expliquait: «Pour faire ce qu’Obama a réussi, il faut être prêt à donner du pouvoir à sa base, et ça effraie encore beaucoup les républicains.»