VIDEO. Tensions Iran-USA : La Chambre va voter pour empêcher Trump de faire la guerre à Téhéran

GEOPOLITIQUE Les démocrates estiment que le président américain n'a pas prouvé qu'une attaque coordonnée par Soleimani était «imminente» comme l'affirme la Maison Blanche

P.B. avec AFP

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La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, le 8 janvier 2020.
La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, le 8 janvier 2020. — : J. Scott Applewhite/AP/SIPA

Nancy Pelosi veut limiter les pouvoirs de Donald Trump. La Chambre des représentants américaine, dominée par les démocrates, va se prononcer jeudi sur un texte visant à empêcher Donald Trump de faire la guerre à l’Iran. « Nos inquiétudes n’ont pas été levées » malgré les informations confidentielles partagées mercredi à huis clos par de hauts responsables de l’administration Trump avec les élus, a déclaré la Speaker de la Chambre. Le texte devrait toutefois avoir du mal à passer l’obstacle du Sénat, où les républicains sont majoritaires, même si deux sénateurs conservateurs ont fustigé le briefing organisé mercredi.

« Pour honorer notre devoir d’assurer la sécurité du peuple américain », la Chambre va ainsi se prononcer jeudi sur une résolution « visant à limiter les actes militaires du président à l’égard de l’Iran », a-t-elle ajouté. Ce texte passera en commission dès mercredi soir.

« Mis en danger nos militaires »

Nancy Pelosi a une nouvelle fois reproché à Donald Trump d’avoir fait tuer la semaine dernière le puissant général iranien Qassem Soleimani à Bagdad. Elle a estimé qu’il s’agissait d’une « frappe militaire disproportionnée et provocatrice » décidée « sans consulter le Congrès ». « Cet acte a mis en danger nos militaires, diplomates et concitoyens en créant le risque d’une grave escalade des tensions avec l’Iran », alors même que le président Trump « a démontré qu’il n’avait aucune stratégie cohérente », a-t-elle déploré.

Un président ne peut pas déclarer la guerre à un pays – un vote au Congrès est nécessaire – mais il peut ordonner une action militaire en cas d’attaque contre des forces ou des intérêts américains. Et depuis le 11-septembre 2001, les pouvoirs exécutifs du commandant en chef ont été renforcés. Plusieurs membres de l’opposition démocrate s’interrogent sur la légalité de la frappe pour éliminer Soleimani, et sur la réalité d’attaques « imminentes » que le général iranien préparait, selon l’administration américaine, contre les intérêts américains.

L'« imminence » d’une potentielle attaque fait débat

C’est pour répondre à ces interrogations que le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et le ministre de la Défense Mark Esper ont partagé mercredi des informations avec les élus du Congrès à huis clos. Sans surprise, les démocrates n’ont pas été convaincus. « Nous n’avons vu aucune preuve que (Soleimani) représentait une menace imminente », a estimé la représentante Pramila Jayapal. Une dizaine d’élus ont tenu des propos similaires.

Les républicains, eux, sont pour la plupart ressortis satisfaits, à l’exception de deux sénateurs. Très attaché à la constitution, Mike Lee (Utah) a fustigé « le pire meeting sur la sécurité auquel j’ai assisté en neuf ans au Sénat. » « On nous a dit ''Ne posez pas de questions, ne débattez pas la question de la pertinence de futures actions militaires contre l’Iran. C’est insultant, c’est anti-Américain. » Il a indiqué que suite à ce briefing, il soutiendrait un projet de résolution similaire à l’initiative à la Chambre que les démocrates présenteront au Sénat. Le sénateur Rand Paul se joindra également à lui.

Cela fait donc deux sénateurs, mais les démocrates doivent en convaincre quatre au total. Et même si le texte passait, Donald Trump pourrait mettre son veto – comme il l’a fait en avril dernier sur le Yémen. Pour passer outre, un vote avec une majorité des deux tiers au Sénat et à la Chambre est nécessaire. Donald Trump devrait donc continuer d’avoir les mains libres sur l’Iran. Mais après la riposte iranienne à coups de roquettes sur deux bases irakiennes où sont stationnées les troupes américaines, Téhéran comme Washington semblait jouer l’apaisement.