Tensions Iran-USA : Coup de com et main tendue… Donald Trump joue l’apaisement face à la menace d’une escalade

RIPOSTE Le président américain a annoncé de nouvelles sanctions économiques, refusant ainsi la possibilité d’une réponse militaire en Iran

Lucie Bras

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Donald Trump entouré de son état-major, le 8 janvier 2020 à la Maison blanche.
Donald Trump entouré de son état-major, le 8 janvier 2020 à la Maison blanche. — SAUL LOEB / AFP
  • Dans la nuit de mardi à mercredi, l’Iran a envoyé 22 missiles sur des bases utilisées par l’armée américaine en Irak.
  • Ces tirs ont été effectués en représailles à la mort du général iranien Qassem Soleimani, tué par un raid américain ciblé vendredi.
  • Dans un discours donné à la Maison blanche, le président américain Donald Trump a joué l’apaisement, au grand soulagement du monde entier qui appelait à la désescalade.

Donald Trump était d’humeur « enjouée » ce mardi, racontait plus tôt dans la journée le sénateur Républicain James Inhofe. Il n’y avait pourtant pas de quoi : il venait d’apprendre que l’Iran avait riposté après la mort de son général Qassem Soleimani par des tirs de missiles sur des bases américaines. Alors que le monde entier a retenu son souffle pendant les heures qui ont suivi, appelant à la désescalade, Donald Trump a finalement joué l’apaisement dans son allocution tenue à la mi-journée depuis la Maison blanche.

Dans une mise en scène digne de Hollywood, entouré des plus hauts responsables de l’Etat-major américain, le président a ouvert son discours en se félicitant qu’« aucun Américain n’a[it] été blessé dans les attaques ». Donald Trump a continué en annonçant l’imposition immédiate de nouvelles sanctions économiques contre l'Iran, mais n’a pas évoqué de réponse militaire aux attaques. Une mesure qui éloigne, pour l’heure, le spectre d’une escalade régionale, voire d’une guerre ouverte entre Washington et Téhéran.

Un coup de com' pour Donald Trump

« C’était ce qu’on attendait : une très grosse opération de communication. Donald Trump a détaillé ses actions en montrant qu’il était résolu, déterminé mais qu’il savait aussi tendre la main », note Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l’Université de Paris II Assas, spécialiste des Etats-Unis. « C’est bon signe, c’est un scénario positif : les deux pays ont montré leurs muscles, maintenant, ils peuvent commencer à parler », confirme Thierry Coville, chercheur à l’Iris et spécialiste de l’Iran.

Dans son discours, Donald Trump s’affiche en vainqueur et en patriarche. « Tant que je serai président des Etats-Unis, l’Iran ne sera jamais autorisé à avoir l’arme nucléaire », a promis le président, avant de se réjouir que l’Iran semble « reculer ». « Dans la tête des Américains, en entendant ce discours, c’est l’Amérique qui sort vainqueur. C’est l’idée que Donald Trump a voulu faire passer dans son allocution », continue Jean-Eric Branaa. Une apparente victoire qui pourrait lui être utile en pleine campagne pour sa réélection en 2020.

Sursaut de nationalisme en Iran

Vu comme « perdant » aux Etats-Unis, le régime iranien sort au contraire « renforcé » de cet affrontement dans son pays. « Il y a un sursaut nationaliste en Iran qui a surpris tout le monde : regardez la foule qui s’est rassemblée pour rendre hommage à Soleimani. Et dans la région, la solidarité exprimée par les pays voisins est une réalité », commente Thierry Coville.

Jean-Eric Branaa estime toutefois que l’Iran a montré les limites de sa puissance en attaquant des bases vidées de leurs soldats, assurance de ne pas faire de victime. « On dirait qu’on est dans la cour de l’école quand on dit que l’Iran a perdu toute crédibilité en ne répondant pas », regrette Thierry Coville. « L’Iran, ce régime qu’on dit agressif et imprévisible a montré au contraire beaucoup de responsabilité », affirme-t-il.

« On est capable de tenir tête aux USA »

Victoire ou pas, cela n’a pas empêché le régime iranien de surfer sur l’affront fait aux Américains : l’ayatollah Ali Khamenei a salué « une gifle en pleine face » pour les Etats-Unis et la télévision d’Etat a annoncé 80 soldats américains tués. « C’était de la communication pour dire : on tue notre général, mais on riposte, on est capable de tenir tête aux Etats-Unis. On a échappé au pire », souffle Mahnaz Shirali, sociologue et politologue, directrice d’études à l’Institut Catholique de Paris (ICP) et enseignante à Sciences Po.

Reste à savoir si cela peut suffire pour rétablir le dialogue entre les deux Etats. « La situation au Moyen-Orient change du jour au lendemain c’est très difficile de prévoir l’avenir », juge Mahnaz Shirali. « La porte que l’on pensait fermée a des chances de se rouvrir, estime pour sa part Thierry Coville, mais il faut rester prudent connaissant la méfiance entre deux pays et le manque de finesse de la diplomatie de Trump. »