Obama est élu: ce qui va changer

USA 2008 Energie, santé, éducation, diplomatie... Les priorités du démocrate...

Philippe Berry, à Los Angeles

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Le temps presse désormais pour les deux candidats à la Maison Blanche qui devaient passer la dernière semaine de campagne dans une poignée d'Etats clefs où se jouera la présidentielle américaine, et le démocrate Barack Obama a prévu de prononcer dès lundi son plaidoyer final.
Le temps presse désormais pour les deux candidats à la Maison Blanche qui devaient passer la dernière semaine de campagne dans une poignée d'Etats clefs où se jouera la présidentielle américaine, et le démocrate Barack Obama a prévu de prononcer dès lundi son plaidoyer final. — Joe Raedle AFP/Getty Images
De notre correspondant à Los Angeles

Lors du dernier débat présidentiel, le modérateur a demandé aux candidats de hiérarchiser leurs priorités par ordre d’importance. Si McCain s’est défilé avec un «on peut tout faire en même temps», Obama s’est mouillé avec son top 3.

1) Assurer l’indépendance énergétique des Etats-Unis en 10 ans

L’objectif n°1 d’Obama est de «soulager les familles», premières à souffrir de l’essence chère (avec la récession et la chute de la demande, le baril de pétrole a cependant chuté ces deux derniers mois à son plus bas niveau depuis un an). Obama promet d’investir 15 milliards de dollars (12 milliards d’euros) en 10 ans afin de ne plus être dépendant du pétrole du Moyen-Orient (environ 20% des importations américaines), et de créer «des emplois verts», en développant les énergies alternatives et une voiture propre «construite aux Etats-Unis et pas au Japon ou en Corée». Obama est revenu sur son opposition à l’offshore drilling (forage pétrolier au large des côtes américaines). Mais selon lui «ce n’est pas la réponse à tout» car les Etats-Unis «disposent de 3% des réserves mondiales mais en consomme 25%». Il demande donc «à tous les Américains de faire un effort et de changer leurs habitudes».

2) Que tous les Américains aient une couverture maladie

Hillary la First Lady s’y était cassé les dents lorsque Bill était à la Maison Blanche, Obama reprend le flambeau d’une couverture maladie pour tous (plus de 45 millions d’Américains ne sont pas assurés). Un plan plus progressif sur deux axes: rendre les coûts plus accessibles en utilisant la carotte et le bâton avec les employeurs et créer une offre publique garantissant «la même couverture qu’aux membres du Congrès». Combien tout ça coûterait? Difficile à dire, mais Obama jure qu’investir davantage dans la prévention paierait pour une grande partie.

3) Rendre la fac accessible à tous et réformer l’éducation

Selon Barack Obama, «un étudiant sort de la fac avec en moyenne 19.000 dollars (15.000 euros) de dettes». Il promet un abattement de 4.000 dollars (3.000 euros) pour ceux qui accepteraient de faire un service civil. Cela rendrait, selon lui, quasi gratuits les community colleges, ces établissements publics qui ne proposent en général qu’un diplôme en deux ans, mais avec la possibilité de transfert vers une autre université pour terminer son bachelor (licence, 4 ans). Obama fait également de la petite enfance une priorité, ainsi que l’enseignement des maths et des sciences. Prudent sur la question de «l'affirmative action», il veut un accès à l'université largement basé sur les conditions sociales, plutôt que sur la race.

Pour le reste: baisse d’impôts pour la classe moyenne, davantage de contrôle pour Wall Street et priorité à la diplomatie

Les impôts, c’est sans doute la plus grande controverse de cette fin de campagne, depuis l’apparition de Joe le plombier. Obama, avec l'aide de son simulateur, répète malgré tout qu’il baissera les impôts de 95% des travailleurs, en priorité les familles avec enfants, les parents célibataires et les personnes âgées. Seules les familles gagnant plus de 250.000 dollars (200.000 euros) et les célibataires à plus de 150.000 dollars (120.000 euros) annuels verraient leur contribution augmenter.

Concernant la crise financière, Obama a voté le plan de sauvetage de Wall Street. Il assure qu’il fera immédiatement adopter un «package de stimulus fiscal» de 50 milliards de dollars pour «Main Street» (la classe moyenne) et mettra en place «davantage de contrôle» pour éviter les dérives du système financier.

La politique étrangère s’est fait beaucoup plus discrète sur la fin, mais le soutien de Colin Powell est tombé à pic pour Obama, qui veut «mettre fin à la politique de cowboy de Bush», c'est-à-dire «retirer les troupes d’Irak avec responsabilité» et remettre la diplomatie sur la table. Il veut toujours «dialoguer avec l’Iran», ce qui, s’est-il défendu lors d’un débat, ne veut pas dire «prendre le thé sans préparation». Avec la France, on aurait pu avoir une polémique la semaine dernière, à la suite d'un article du journal israélien «Haaretz», selon lequel Nicolas Sarkozy trouvait les vues d’Obama sur l’Iran «très immatures». Mais Paris a aussitôt démenti et reste sur le refrain «Obama est un copain». Ouf!